Martinique : Comment les trostskystes martiniquais ont plombé Marie Jeanne

Martinique : Comment les trostskystes martiniquais ont plombé Marie Jeanne

L'écrivain Raphael Confiant réagit suite aux résultats des élections régionales à la Martinique.

Et vous qu'en pensez vous? Faites nous part de vos commentaires.

Au cours de la campagne des élections régionales, lors de la présentation de la liste du RDM conduite par Mme de Grandmaison, Claude Lise, faisant allusion au vote anti-article 74 du 10 janvier, a eu une de ces formules-choc dont il a le secret:
«Serge Letchimy a assassiné l’autonomie et Nicolas Sarkozy l’a enterré.»

Qu’il me permette, avec tout le respect et l’affection que je lui porte, de ne pas être totalement d’accord avec lui ! Affirmer une telle chose, c’est faire trop d’honneur, beaucoup trop d’honneur au néo-PPM. Car enfin, regardons les choses froidement: même si le néo-PPM avait appelé à voter pour l’article 74, ce dernier aurait été rejeté par les Martiniquais. Sans doute pas à 80% mais au moins à 70 ou 75%. On aurait d’ailleurs demandé aux partisans de l’article 73, le samedi précédent l’élection, la question suivante: «Dans vos plus beaux rêves, à combien vous estimez le succès du «Non»?», qu’ils auraient tous répondu en chœur (néo-PPM, FSM, UMP et consorts):

«Si le non l’emporte à 55%, ce serait formidable. A 60%, une très grande victoire…»

On comprend donc que ces messieurs n’aient point exulté au soir du vote à 80% en faveur du «Non». Ils ont été eux-mêmes surpris par l’ampleur de «leur» victoire et je mets «leur» entre parenthèses car les plus honnêtes parmi eux savaient très bien qu’ils n’étaient que pour très peu dans cette peur panique qui a secoué la Martinique et qui, comme un certain 10 mai 1981, avait tétanisé nos hommes politiques, Césaire au premier chef lequel avait aussitôt décrété un «moratoire» dans la revendication autonomiste.

10 mai 1981: 78% de vote pour Giscard d’Estaing (alors que l’Hexagone élisait François Mitterrand)/10 janvier 2010: 80% contre l’autonomie Coca-light de l’article 74!!! En presque trente ans, rien n’a donc changé. Ou plutôt si: le «peuple» martiniquais (guillemets volontaires à «peuple») a avancé de 2% dans la bêtise et l’indignité. Mais cette fois, celui qui l’a conduit sur cette voie, ce n’est plus, comme en 1981, la Droite assimilationniste (qui parlait de la perte des retraites, des allocations familiales et même de l’indépendance si Mitterrand passait), mais un nouveau client. Un tout nouveau client: l’extrême-gauche assimilationniste.

Je n’ai pas pour habitude de passer par quatre chemin ni de prendre des gants avec qui que ce soit. C’est pourquoi, je rectifie la formule de Claude Lise de la manière suivante:

«La grève de février 2009 a abattu l’autonomie, Serge Letchimy l’a achevé et Nicolas Sarkozy l’a enterré.»

J’accuse les groupuscules trotskystes de Combat Ouvrier et du GRS, qui n’ont jamais réussi à se faire élire nulle part par le soi-disant peuple qu’ils se targuent de représenter (et qui d’ailleurs n’ont fait que 2% des voix aux Régionales de cette année), d’avoir assassiné le mouvement national martiniquais et d’avoir profité du désarroi de certaines couches sociales exploitées pour décrédibiliser nos hommes politiques, en particulier Alfred Marie-Jeanne et Claude Lise, lesquels furent hués à diverses reprises au sortir des négociations en préfecture entre le Collectif du 5 février, le Préfet, les élus et les socioprofessionnels. Ce sont les trotskystes qui ont poussé ces manifestants à crier à l’adresse de Marie-Jeanne: «Traitre! Espèce de Lagrosillière!» etc…

Car, enfin, tout roulait à l’aise comme Blaise au niveau de l’avancée institutionnelle avant la grève de février 2009. Deux congrès avaient été organisés dans la plus grande transparence (ils furent télévisés) et plus de 75% des élus s’étaient déclarés en faveur de l’article 74. Il semblait y avoir un réel consensus sur la nécessité d’une plus grande prise de responsabilité de la part des Martiniquais. Souvenez-vous en: le néo-PPM avait même soutenu l’idée du «74 constitutionnalisé» avant de retourner sa veste et de passer au «73 constitutionnalisé». Survient la grève du LKP en Guadeloupe et le mimétisme martiniquais. «Péyi-la sé tan nou!» chantait-on en Guadeloupe, «Péyi-a sé ta nou!» traduisit-on aussitôt en Martinique. Mimétisme car si le LKP s’était préparé depuis des mois et rassemblait 53 organisations, le Collectif n’avait rassemblé, à la va-vite que 4 ou 5 organisations. D’ailleurs, au tout début de la grève, nos chefs syndicaux trotskystes martiniquais n’avaient pas appelé à une grève illimitée. Ils attendaient pour voir et ont eu la divine surprise de constater que la mayonnaise prenait et que la Martinique se dirigeait vers une grève longue et dure comme en Guadeloupe. Divine surprise et pain béni pour des groupuscules qui – il faut toujours le souligner – n’ont aucune représentativité politique. Ce qui explique que leurs revendications se soient limitées au strict plan économique et que les négociations se soient déroulées chez le Papa Blanc (à la Préfecture) et avec l’aval du Papa Blanc (Préfet Mancini). Le Papa Blanc buvait d’ailleurs du petit lait en voyant le « peuple » vouer aux gémonies ses leaders nationalistes, Alfred Marie-Jeanne au premier chef.

Le Mouvement Nationaliste Martiniquais a donc été tué par un nouveau virus qui frappe la société martiniquaise : l’assimilationnisme d’extrême-gauche. Nous avions eu de 1946 a 1982, l’assimilationnisme de Droite, puis de 1982 à 2008, l’assimilationnisme de Gauche (le PPM), nous voilà victimes de l’assimilationnisme d’extrême-gauche (Combat Ouvrier et GRS). D’ailleurs, de même que la Droite et la Gauche assimilationniste avaient pour habitude de faire venir en Martinique les ténors de l’Hexagone pour soutenir leur cause, nos trotskystes ont fait appel à Besancenot pour haranguer les foules sous le Grand Carbet de Fort-de-France. Et le GRS de lancer dans la foulée une lettre ouverte pour demander la création du NPA (Nouveau Parti Anticolonialiste), petit frère du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) de Besancenot!!! On avait déjà l’UMP-France et l’UMP-Martinique, puis le PS français et la FSM, voici qu’on nous proposait le NPA-France et le NPA-Martinique!

Je n’ai pas participé à la grève de février 2009. Je ne suis pas descendu un seul jour à Fort-de-France contrairement à certains intellectuels lâches et hypocrites qui ont «fait des ronds» dans les manifestations pour se faire bien voire du peuple. Personnellement, je n’en ai rien à foutre de me faire bien voir du peuple. Je dis ce que ma conscience estime qu’il est bon de dire quelles que soient les causes pour ma (petite) personne. Point barre. Je n’ai donc pas participé à cette grève parce que dès le départ, j’avais flairé qu’il s’agissait là de quelque chose de très dangereux pour la Martinique. Je suppose que ce sentiment était partagé puisqu’au bout d’une semaine, Marie-Jeanne demanda qu’on desserrât l’étau afin de permettre à la population de se ravitailler, chose qui permit au Collectif du 5 février de le vouer une nouvelle fois aux gémonies en déclarant que Chaben cherchait à arrêter ou à briser la grève! Dangereux donc et pourquoi? Prenons un exemple concret: quand les grévistes demandent la baisse du prix de l’essence à cause des surprofits réalisés par Total, ils ne prennent pas du tout en compte le fait que l’usine de la SARA est une structure minuscule qui ne traite que 800.000 barils de brut par an alors qu’une petite raffinerie à l’échelle mondiale en traite au moins… 4 millions. Si les trotskystes étaient sérieux, ils demanderaient la fermeture pure et simple de la SARA car importer de l’essence toute raffinée revient beaucoup moins cher que de la faire raffiner en Martinique. Comme ça le bon peuple serait content! Ti Sonson pourrait remplir le bac de sa voiture pour parcourir les milliers de kilomètres qui séparent Saint-Anne de Grand-Rivière. Trêve de plaisanterie! Voici l’équation:

Position nationaliste sur la SARA et le prix de l’essence: il faut conserver à tout prix cet outil industriel précieux, unique dans les Petites Antilles; et qui donne de l’emploi à des techniciens et ingénieurs martiniquais car nous en aurons grand besoin dans la Martinique autonome, puis indépendante de demain. Et cela même si nous devons aujourd’hui payer l’essence plus cher ou trop cher.

Position assimilationniste d’extrême-gauche: il faut obliger Total à baisser les prix quelles qu’en soient les conséquences, la première étant évidemment la fermeture de l’usine par ce groupe (qui, rappelons-le, gagne peu d’argent avec cette raffinerie riquiqui). Une fois l’usine fermée, on en importera d’Europe ou d’ailleurs et cela reviendra moins cher pour le plus grand bénéfice du consommateur martiniquais.
Oui, en tant que nationaliste, je suis prêt à payer l’essence un peu plus cher si cela est indispensable au maintien de cet outil industriel précieux qu’est la SARA. Bien entendu, vous n’entendrez aucun intellectuel martiniquais déclarer une telle chose, terrorisé qu’ils sont à l’idée de pouvoir déplaire au Collectif du 5 février et aux «masses populaires». Vous n’en avez d’ailleurs vu aucun dénoncer, comme je l’ai fait, l’incendie de tracteurs par les grévistes lors de la marche des planteurs sur Fort-de-France en plein cœur de la grève. Je persiste et signe: quelle que soit la revendication formulée, aussi juste soit elle, on n’a pas le droit d’incendier cet outil qui a révolutionné la vie des paysans du monde entier. On n’en a pas le droit! Et cela quand bien même, cette marche était conduite par des planteurs békés car il n’y a pas que des planteurs békés à la Martinique: il y a aussi des nègres, des chabins, des mulâtres et des Indiens. Et tous ces gens-là, ne pouvant exporter leur banane à cause du blocage du port (où travaillent de pauvres dockers à 5 ou 6.000 euros par mois), ont dû mettre la clef sous la porte alors qu’en Guadeloupe, jamais l’exportation de banane n’a été arrêtée durant la grève!!!

En déstabilisant, le train de l’autonomie lancé par Marie-Jeanne et Lise, puis en le faisant dérailler, le Collectif du 5 février est le grand responsable (avec le néo-PPM en second couteau) du vote obscène du 10 janvier 2010. Ce vote de la peur, ce vote de la honte, qu’évidemment aucun intellectuel martiniquais n’a dénoncé en public. En privé évidemment, certains me disaient courageusement: «Ou té ni rézon antré an tjou pep-la!». Il est aussi, ce Collectif, directement le responsable de la défaite d’Alfred Marie-Jeanne aux élections régionales parce qu’il s’est acharné à le discréditer et à la triste fin politique de ce grand Martiniquais. Il est enfin, ce Collectif, le responsable de la victoire aux Régionales du néo-PPM, aussi assimilationniste que lui.

Les Martiniquais ont poussé à 80% «un cri d’amour envers la France» (dixit Sarkozy) le 10 janvier. Ils n’ont qu’à assumer leur francité désormais. Dans aucune région ou province de France, on ne verrait toutes les activités bloquées durant un mois. Ni l’Ardèche ni la Bourgogne ni l’Alsace n’ont jamais subi pareille chose. L’État français devra prendre donc ses responsabilités en cas de récidive. On est français ou on ne l’est pas! Ils ont mis à la Région un homme qui est spécialiste des déficits budgétaires, il faudra qu’ils l’assument aussi. En cas d’augmentation des impôts, ils n’auront qu’à fermer leur gueule.

Quant aux groupuscules trotskystes de Combat Ouvrier et du GRS, ils porteront, au regard de l’histoire, la triste responsabilité d’avoir manipulé syndicalement les masses dans le seul but d’exister politiquement, foulant aux pieds l’intérêt supérieur de la Nation martiniquaise et le principe de Frantz Fanon selon lequel, dans une colonie, la lutte de libération nationale doit passer avant la lutte des classes. Je persiste donc et signe:

«La grève de février 2009 a abattu l’autonomie, Serge Letchimy l’a achevée et Nicolas Sarkozy l’a enterrée.»

La Martinique est désormais française à perpétuité. Merci messieurs les assimilationnistes de Droite, de Gauche et d’extrême-gauche!

Raphaël Confiant

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