“J’ai eu peur que ma fille se marie avec un métis ou un noir”

 “J’ai eu peur que ma fille se marie avec un métis ou un noir”

A LIRE ATTENTIVEMENT. “J’ai eu peur que ma fille se marie avec un métis ou un noir” L’actrice Charlize Theron, l’un des visages les plus connus de la communauté afrikaner (©CTAOP)

“J’ai eu peur que ma fille se marie avec un métis ou un noir” Ils vivent entre Johannesburg et Pretoria dans une banlieue pavillonnaire pour classe moyenne. Ce dimanche midi là, ce couple d’Afrikaners (descendants des colons blancs non-anglophones) a béni le repas avant de déguster des pieds de boeuf accompagnés de maïs.

 Lui a 61 ans, est à la retraite, et préfère passer rapidement sur sa carrière dans l’armée sud-africaine au service des renseignements pour plutôt expliquer en longueur son job suivant dans une entreprise de code-barres. Elle travaille encore. Ils ne disent jamais “apartheid”, mais “la période d’avant 1994 [l’année de l’élection de Nelson Mandela]”.

 Ils disent rarement “les Noirs”, mais plutôt “eux”. Extraits : Elle : “les Noirs étaient, comment on dit…oui,…oppressés, enfin bon, oppressés si on veut. Nous, on a tout fait ici, on a construit les routes, installé des fermes, etc… Eux ne savent pas construire, ils ne savent que prendre.

Mais certains d’entre eux le disent bien : ils préféraient avant.” Elle : “Depuis qu’ils sont autour de nous, j’ai quand même appris d’eux la formule ‘comment ça va ?’ à chaque fois que l’on rencontre quelqu’un. Avant, moi, je disais bonjour et c’était tout.” Elle : “Nelson Mandela, c’était notre père à tous. Thabo Mbeki [deuxième président], j’aimais bien aussi car il avait de la culture, il était distingué. Mais Jacob Zuma, il n’a pas de morale avec toutes ses femmes, tous ses enfants.” Lui : “Zuma, il est proche du peuple, c’est bien, mais il ne sait pas prendre de décision” Elle : “Nous, on fait des efforts pour s’adapter à leur culture, mais eux n’en font pas. Maintenant, quand on fait un petit repas à l’entreprise, certains ne veulent pas manger de boerowers [saucisses afrikaners].

 Donc c’est plus comme avant. Imaginez qu’eux, ils mangent des pattes de poulets !” Elle : “Attention, quand je dis ‘kaffir [nègre] taxi’ ou ‘kaffir pot’, cela ne veut pas dire que je suis raciste, mais on a grandi avec ces mots, donc pour moi c’est normal de les utiliser, ce n’est pas blessant”. Elle : “Après s’être mariée, notre fille de 35 ans a divorcé et est restée célibataire pendant treize ans.

Quand elle a nous annoncé qu’elle avait retrouvé quelqu’un, j’ai eu peur que cela soit un colored [métis] ou un noir car elle s’entend assez bien avec eux, là-bas au Cap où elle vit”. Elle : “Les Sud-Africains [blancs] d’origine anglaise ne sont pas très sympa avec nous [elle imite leur accent ‘british’]. Ils ne s’intéressent pas vraiment à nous et à notre culture.” Elle : “Avant notre Eglise, la Dutch Reformed Church, était la seule de l’Etat, mais cela a changé. Même les Musulmans ont toute leur place maintenant.” Elle rêve d’aller voir les chutes de Victoria. Lui refuse d’aller au “pays de Robert Mugabe”. Ceci est un témoignage. Ni plus, ni moins. Il n’a pas forcément une valeur représentative de la pensée de la communauté afrikaner qui compte près de 2,7 millions de personnes en Afrique du Sud et autant d’opinions différentes (les extrémistes d’Eugène Terreblanche sont par exemple une infime minorité). Vingt ans après la libération de Nelson Mandela, l’étiquette afrikaner reste d’ailleurs difficile à porter pour une partie d’entre eux.

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