Coupe du monde : la sélection sud-africaine a peur du ridicule

Coupe du monde : la sélection sud-africaine a peur du ridicule
Carlos Parreira et Siyabonga Nomvete lors d'un entraînement le 9
mai.
REUTERS/SIPHIWE SIBEKO
Carlos Parreira et Siyabonga Nomvete lors d'un entraînement le 9 mai.
Vu de l'extérieur, l'immense soulagement de l'équipe sud-africaine semble étrange. Mercredi 28 avril, les Bafana Bafana battent la Jamaïque 2-0 en match amical. Et cette victoire rend le sélectionneur Carlos Parreira étonnamment lyrique. "Nous n'avons pas de limite. Il faut qu'on avance pas à pas et qu'on sorte de la phase de poules. Après, tout est possible." Tout est possible, oui, sauf que faire d'une victoire contre une équipe placée au 79e rang du classement FIFA un exploit est pour le moins étonnant.

En réalité, la sélection sud-africaine a peur. Elle est inquiète à l'idée de décrocher un bien triste record : devenir le premier pays hôte à ne pas passer la phase de poules d'une Coupe du monde. Pour un événement aussi attendu que le premier Mondial organisé sur le continent africain, ce ne serait pas très sérieux.

"LA PIRE ÉQUIPE À AVOIR JAMAIS PARTICIPÉ AU MONDIAL"

Blogueur sur le site du journal sud-africain, le Mail and Guardian, Joseph Misika se fait le porte-parole de cette crainte. "Occupant le 90e rang au classement de la FIFA, ce qui lui permet d'obtenir l'indésirable distinction de pays hôte le moins bien classé de l'histoire de la Coupe du monde, les Bafana Bafana sont probablement la pire équipe à avoir jamais participé au Mondial."

Le président de la FIFA, Sepp Blatter, ne disait pas autre chose après le piètre match nul 0-0 concédé contre la Corée du Nord le 21 avril. "S'ils veulent progresser dans la compétition, ils devront marquer des buts. Aucun but, aucune passe en avant. Si l'Afrique du Sud joue comme elle l'a fait contre la Corée du Nord..." La presse, les supporteurs, les joueurs eux-mêmes s'interrogent.

D'autres préfèrent la méthode Coué, persuadés qu'il suffit de clamer haut et fort que l'Afrique du Sud est une grande équipe pour qu'elle le devienne. Comme le président Jacob Zuma, qui affirmait, le même jour que Blatter, être confiant en une victoire de son équipe lors du Mondial... "Les Bafana Bafana ont suivi une préparation extraordinaire. La Coupe du monde vient pour la première fois en Afrique (...) Nous ne la laisserons pas quitter le continent. Je sais que le Brésil est une très bonne équipe, mais cette fois, ils devront bien perdre." Perdre, peut-être, mais contre l'Afrique du Sud...

103 000 EUROS PAR BUT ?

Tiraillés entre l'optimisme de rigueur et un réalisme peu réjouissant, les Bafana Bafana sont à la peine. Seulement deux "stars" (Steven Pienaar, d'Everton, et le vétéran Benni McCarthy, de West Ham), des matches de préparation guère rassurants (dont une défaite contre l'équipe réserve de Santos), des difficultés à trouver des adversaires de valeur pour ses matches amicaux et, surtout, des problèmes récurrents pour marquer des buts.

D'où l'idée, un peu saugrenue, de Leslie Sedibe, le directeur exécutif de la Fédération sud-africaine : offrir 103 000 euros aux joueurs de l'équipe à chaque but marqué lors de la compétition. À condition qu'ils franchissent le premier tour. La Fédération y réfléchit très sérieusement.

L'EXEMPLE SUD-CORÉEN

Nkareng Matshe, du journal The Star, n'a pas accueilli la proposition avec enthousiasme. "Je suis d'accord avec Sedibe : il faut tout faire pour motiver les joueurs, mais il faut insister pour qu'ils gagnent des matches, pas qu'ils marquent des buts. Sedibe ne serait certainement pas très heureux de payer une équipe qui perdrait 4-1."

Restent quelques touches d'espoir, comme la bonne prestation des Sud-Africains lors de la Coupe des Confédérations 2009. Battus de peu par le Brésil puis par l'Espagne, ils avaient fini quatrièmes. Le CV du sélectionneur brésilien, Carlos Parreira, vainqueur de la Coupe du monde 1994 avec les Auriverde, a également de quoi rassurer. Et le parcours de la Corée du Sud, pays organisateur en 2002 et inattendu demi-finaliste, peut servir d'exemple.

L'Afrique du Sud a aussi la chance d'être tombée dans un groupe plutôt équilibré et d'éviter de croiser un des favoris dès le premier tour. Elle jouera son match d'ouverture contre le Mexique le 11 juin. Puis, contre l'Uruguay et la France. La confrontation entre les Bleus et les Bafana Bafana pourrait être capitale. Les deux équipes partagent des montagnes d'interrogations. Et ont toutes deux beaucoup à perdre de cette Coupe du monde.

Imanol Corcostegui

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