La nouvelle occupation du Noir

La nouvelle occupation du Noir

En France, et surtout en région parisienne, le métissage est en vogue. On pourrait presque parler d’un boom. La chose s’expose, se transpose et devient une véritable marque déposée de l’air du temps. Le métissage, c’est lorsque deux personnes de races différentes s’unissent pour donner naissance à une troisième qui tient des deux. Ceux qui aiment couper le cheveu en quatre disent que la notion de race n’est pas fondée en science. Mais tout le monde voit bien ce qu’on veut dire par race, et on ne peut pas nier que la notion ne soit pas fondée dans l’histoire et dans l’imaginaire des hommes. Ce qui est largement suffisant pour notre propos. 
A priori, nous basant sur cette définition, on était en droit de s’attendre à un métissage multiforme. Mais dans l’imaginaire, pour beaucoup de gens, métis signifie un mélange café au lait : quelqu’un dont l’un des parents est Noir et l’autre Blanc.

Cette perception collective n’est pas sans fondement. En France et en Région parisienne, le métissage est beaucoup plus café au lait qu’autre chose : le phénomène saute aux yeux. Pour autant qu’ils sont une communauté, les Noirs ne constituent pas le groupe d’origine étrangère le plus important de France. Avant eux, il y a au moins les Arabes. L’Arabe suit un code endogamique à caractère culturel, religieux et idéologique. Le Noir est à lui tout seul un métier à métisser. Traduit en terme chromatique, on pourrait penser que les couleurs les plus extrêmes ont tendance à s’attirer. Magnétisme de l’amour ? 
Malheureusement, comme tout ce qui touche à l’amour, les motivations de ce croisement sont plus concrètes et réalistes qu’il n’y paraît. Il y a d’abord la lâcheté des liens communautaristes qui caractérisent le Noir et qui fait de lui une espèce anarchique d’électron libre. Mais la liberté individuelle se fait surtout sur le dos des intérêts à plus ou moins long terme d’une communauté.

Quand on s’abaisse à regarder le phénomène du métissage d’un œil un tantinet vicieux – il faut bien un vice pour en déconstruire un autre – on constate que le couple métis Noir/Blanc offre souvent le spectacle esthétiquement désolant de l’attelage boiteux. Dans un couple mixte, si l’homme est un Noir, il est souvent beau, jeune et vigoureux, et d’une santé de fer. Quant à sa compagne on ne peut pas en dire autant. D’une esthétique approximative, en marge des canons appréciés par la gent mâle locale, ses atouts et ses qualités loin de sauter aux yeux, relèvent d’un mystère dont seul son compagnon possède les clés. Mystère de l’Amour ? La disparité est du même genre lorsque l’homme est blanc et la femme noire : un homme sans qualité esthétique qui souvent n’a pour lui que d’être Blanc pavanant aux côtés d’une diva Noire racée, belle et d’un charme à faire pâlir le soleil le plus tropical.

Dans les deux cas, tout se passe comme si cette disparité esthétique en faveur du Blanc est le prix à payer par le Noir pour son infériorité historique.
L’usage galopant de l’Internet ayant dopé les techniques de recherche de partenaires amoureux, l’Afrique est devenue pour les Européens un terrain de chasse érotique où règne en maître l’espèce sonnante et trébuchante. Ce phénomène contribue à la recrudescence d’un nouvel aspect de l’attelage boiteux du couple mixte Noir/Blanc, à savoir la différence d’âge entre les partenaires. Au nom de l’amour, il n’est pas rare de voir dans les rues, les jardins ou les parcs publics un blanc vieillard égrotant aux bras d’une jeune Noire, belle et fraîchement débarquée, avec laquelle notre amoureux renaissant taquine le démon du midi. Pédophilie déguisée sous les dehors d’un libre consentement avec une femme qui bien que sentant le fumet de l’adolescence a la prétention douteuse d’être majeure.
Tels sont les dessous vicieux du métissage Noir/Blanc en France et en Région parisienne. Pourquoi le Noir qui est beau ne va-t-il pas directement épouser sa congénère qui est belle ? Et pourquoi l’un et l’autre se laissent-ils écarteler par le Blanc esthétiquement douteux – virago sans charme ou gringalet vétuste et au bout du rouleau ? Est-ce une forme érotique de la haine de soi ? Au-delà du brouillard mythique de l’amour, on voit bien que des raisons concrètement sociologiques président à ces croisements boiteux. Pour le Noir Africain en quête d’insertion, la femme blanche a ses atouts. « Monsieur, vos papiers, s’il vous plaît ! » …Pour la femme antillaise toute occasion de « sauver sa peau », comme les gens aiment à le dire dans la pays de Frantz Fanon est bonne à prendre. Traumatisme et séquelles d’un autre temps : « Peau noire, masque blanc »…


Mais pour la communauté, pour autant qu’on puisse encore au sujet des Noirs utiliser ce mot, le métissage n’a pas que des intérêts. Si pour le Blanc il est tout bénef, le métissage, dans les conditions sociologiques qui y président, à terme conduit le Noir aux portes funestes de l’enfer de l’eugénisme. Car ce phénomène est une forme subreptice et invisible de sélection darwinienne qui malheureusement ne se fait pas dans l’intérêt du Noir. Depuis des siècles que le Noir a été mis en face du Blanc, il a toujours été occupé à faire quelque chose ou à être d’une certaine utilité pour le Blanc. Sa première occupation a été d’être esclave pour le Blanc ; sa deuxième occupation fut ensuite d’être colonisé par le Blanc. Sous le rapport subtil qui, à travers les siècles, mêle la violence ambiguë des corps à l’ordre politique, on peut se demander si le métissage n’est pas la nouvelle occupation du Noir. 
« Toc, toc ! 
– C’est qui ?
– C’est moi, tu fais quoi ?
– Suis occupé 
– A faire quoi ?
– Je fais des Métis !
– Ah, ce n’est pas croyable ! Il y a quatre siècles, quand j’ai frappé à cette même porte, tu étais occupé à faire l’esclave ; il y a un siècle tu faisais le colonisé et maintenant, tu me dis que tu fais des Métis ! Eh ben, mon vieux, quand est-ce que tu t’occuperas enfin de toi-même ?
– Hé, fiche-moi la paix, je suis libre, je fais ce que je veux…
– Je te laisse à tes sueurs, vieux zombi.
– Zombi toi-même ! [1] »
Au-delà du discours progressiste de l’unité de l’homme et de la réconciliation des races sous lequel se donne à penser ou à voir le phénomène, il y a lieu de s’interroger aussi sur la face cachée du métissage.
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Aminou Balogoun.

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