Guadeloupe : Sauvagerie, violence, haine...

Guadeloupe : Sauvagerie, violence, haine...

Pointe-à-Pitre.Lundi 19 avril 2010.CCN. L’actualité au quotidien rapporte son lot de violences, de meurtres qui défraient parfois la chronique. Richard -Viktor Sainsily-Cayol ,artiste plasticien donne ici son point de vue sur cette brulante question sociétale..

Qu’il s’agisse de gestes symboliques (bras d’honneur), de propos scandé (injures, mépris), ou d’actes irréversibles (meurtres), le désamour collectif est l’expression la plus signifiante de l’état de déliquescence d’une communauté.

Lorsque le sentiment d’injustice n’est plus seulement un sentiment, mais qu’il s’exprime dans des faits quotidiens, lorsque les faits deviennent récurrents, lorsque la parole ne suffit plus, lorsque plus aucun cri n’est entendu, alors le champ est accordé aux actes regrettables…

Il n’est de lieu de répit, il n’est d’espace épargné, il n’est de gens à l’abri. Notre communauté dans toutes ses composantes est menacée par un souffle qui frappe fort et le fera de plus en plus.

Dans l’hexagone, les banlieues s’enflamment en même temps que les universités. Ce n’est pas du à une coïncidence. La crise qui a pris possession de la jeunesse, transcende les territoires et les clivages certes, mais elle n’est pas à elle seule, la raison de cette flambée hémorragique, que ni la France proprement dite, ni la Guadeloupe connaît en ce moment.

Le refus de faire véritablement la consigne de l’axiome que constitue les causes connues et évidentes de cette situation, pousse des philosophes français à des analyses encore faciles, fustigeant une jeunesse plus que jamais acculée par une politique inégalitaire, et d’une inégalable arrogance. Ces spécialistes de la «bonne République» iront interroger Platon, Nietzsche, ou Heidegger pour nous trouver des formules dénonçant ce qu’ils appellent «La barbarie culturelle chez des jeunes centrés sur eux-mêmes».

On en est encore à chercher chez les seuls jeunes la causalité de leur cri alors que le système en place ainsi que les politiques menées ne font l’objet d’aucune investigation sérieuse.

En 1995 déjà, dans le numéro sept de l’ouvrage «Etudes Guadeloupéennes», dirigé par Cyril SERVA (aujourd'hui décédé), ce dernier, dans son édito abordant le sujet, écrivait à propos de violences entre jeunes et sur des faits précis de l’actualité de l’époque : «… ces événements sont loin d’être anodins constituant l’indice le plus évident de la fracture de notre collectivité, ils attestent le mal profond qui, tel un cancer, ronge et fissure lentement le corps social guadeloupéen.» Plus loin il ajoute: «… ce syndrome possède ses facettes propres qui ont pour noms l’absence de perspectives, le désintérêt, la torpeur, la morosité. C’est à ce terreau que s’alimente depuis quelques temps la violence.

Qui a entendu Cyril SERVA? Quinze années après la publication de son essai intitulé « De la sauvagerie», je reste dubitatif au regard de l’absence de réponses aux questions que soulèvent les actes «sauvages» auxquels nous assistons aujourd’hui, et dont les causes trouvent leurs résonances dans son propos.

Nous payerons très cher le prix de notre inertie. La responsabilité nous incombe à tous.

Depuis le pouvoir en place jusqu’à la plus petite voix de la rue, de l’Etat Sarkozy aux représentants syndicaux tels que Domota, des collectivités locales dirigées par Gillot et Lurel, à la société civile éclairée, nous devons mesurer l’ampleur du devoir qui est le nôtre et tenter de nous entendre sur la réponse éminemment politique à apporter à cette crise. Le feu n’est pas éteint sous une marmite maintenue vide et qui se consume. Le risque d’incendie de l’ensemble de la demeure est imminent.

Un symposium sur la jeunesse s’impose à nous. Des sujets brûlants crépitent sous nos yeux Il s’agit du devenir de nos enfants, encore scolarisés, étudiants, diplômés ou chômeurs, la question de la drogue, les jeunes sans abri.

le Gwada Style, ou la Gwada attitude provient du nom que donnent les jeunes à l'archipel, la «Gwada». On retrouve souvent cette expression dans la musique reggaeton/dance-hall, genres musicaux très populaires aux Antilles. Mais au-delà du terme qui renvoie à la culture urbaine, c’est toute une «déportation culturelle» qui s’exprime en réalité. Le jeune dépossédé de toute authenticité est transporté dans le monde américain du RNB par le truchement du bombardement médiatique à grands coup de clip ou la référence est le «Bad boy» truffé de bijoux de dollars et entouré des femmes les plus sexy de la planète. La grosse cabriolet lauréate des plus prestigieux tunning du pays, les armes, l’alcool et la drogue viennent compléter la panoplie

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