Pamela Obertan dénonce la « Bio-piraterie »,nouveau colonialisme, portrait d’une chercheuse guadeloupéenne au Canada

Pamela Obertan dénonce la « Bio-piraterie », nouveau colonialisme, portrait d’une chercheuse guadeloupéenne au Canada

Le réseau B.World est fièr de compter parmi ses membres, des personnalités comme Paméla Obertan qui s’illustre au canada dans le monde de la recherche. Active et engagée elle à tenu plusieurs conférence en Guadeloupe sur la crise alimentaire avec le dr Henry Joseph,une autre pièce maitresse du réseau dont vous pouvez voir ou revoir l’emission qu’on lui avait consacré.

L’exemple de Paméla est à encouragé,car elle déclenche des vocations , elle montre le nouveau visage la  femme guadeloupéenne,qui se bat pour son pays mais aussi pour des causes universelles.

 

 

Paméla Obertan.
Photo: François L. Delagrave.
Par Pierre-Etienne Caza

Qui sait que les premières lois concernant les brevets d'invention remontent à 1790 aux États-Unis et 1791 en France? Conçu pour favoriser les développements techniques et industriels, le brevet était d'abord exclusivement destiné aux objets inanimés. Bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis cette époque. Au tournant des années 1980, le développement de la biotechnologie et du génie génétique a permis à des entreprises de déposer des brevets sur le vivant, notamment pour les organismes génétiquement modifiés (OGM) et pour les expériences de clonage. «Les conséquences sont désastreuses, car si vous contrôlez les semences, par exemple, vous contrôlez la base de l'alimentation», affirme Paméla Obertan, qui s'intéresse à cette problématique dans le cadre du doctorat en droit, qu'elle poursuit sous la direction du professeur René Côté, doyen de la Faculté de science politique et de droit.

Le savoir traditionnel

Il est interdit d'obtenir un brevet sur des organismes vivants à l'état naturel, mais il suffit de modifier leur patrimoine génétique et le tour est joué. «Des entreprises sont allées dans certains pays du Sud, elles se sont renseignées sur les propriétés de certaines plantes, les ont cueillies, en ont isolé le gène actif qu'elles ont utilisé pour créer une nouvelle plante, et ont breveté le tout à l'étranger. On appelle cela la bio-piraterie et cela rapporte beaucoup d'argent», explique Paméla Obertan, dont le mémoire de maîtrise en droit international portait sur le savoir traditionnel et le droit à l'autodétermination des peuples autochtones.

Les plantes qui poussent sur les terres ancestrales depuis des milliers d'années contiennent désormais des gènes qui ont été brevetés par des multinationales, qui en ont la propriété commerciale exclusive. «Pour plusieurs de ces peuples d'Amérique latine, d'Afrique ou d'Asie, la semence est sacrée, il est impensable qu'elle puisse faire l'objet d'un droit de propriété, poursuit la jeune chercheuse. Or, les agriculteurs ne peuvent plus exporter leurs cultures dans les pays où s'appliquent les brevets, à moins d'acheter les semences transgéniques produites par les compagnies.»

Même si de petites entreprises voulaient breveter à leur tour certaines semences, elles n'en auraient pas les moyens financiers, ajoute-telle. Les manipulations génétiques nécessitent l'accès à des laboratoires de pointe et l'obtention du brevet proprement dit - et surtout la défense de celui-ci advenant des contrefaçons - requiert une batterie d'avocats spécialisés. «Plus de 80 % des semences transgéniques ont été brevetées par la compagnie américaine Monsanto», précise-t-elle.

Mouvements de résistance

Des paysans en colère, regroupés au sein de divers organismes, ont organisé des mouvements de résistance qui ont rapidement pris de l'ampleur à la suite de la signature de l'Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en 1994.

Mené par les Américains, cet accord visait, entre autres, à imposer la même législation à tous les pays concernant les brevets, incluant ceux sur le vivant. «Des exceptions ont été autorisées, mais les États-Unis ont par la suite fait pression sur les pays qui s'en prévalaient, en les forçant à signer des accords bilatéraux ou en les menaçant carrément de sanctions commerciales», explique la jeune chercheuse.

Au Sommet de l'OMC, en 2001, à Doha, 50 pays en développement, de même que la Norvège, ont pressé les élus réunis pour l'occasion à renoncer aux sanctions pour les pays qui essaient de se procurer des médicaments en vue de contrer des urgences médicales telles que la lutte contre le VIH/SIDA. «Les multinationales pharmaceutiques vendent des médicaments brevetés à 4 000 $ par mois, par exemple, tandis que l'Inde les produit de façon générique pour 360 $ par année! s'exclame Paméla Obertan. Les pays en développement ont eu gain de cause pour l'importation de médicaments génériques, mais dans les faits, ils ont encore peur des sanctions commerciales des États-Unis.»

Ce sont ces mouvements de résistance qui sont au coeur du projet de recherche doctoral de Paméla Obertan. «J'étudie essentiellement la stratégie des acteurs impliqués, surtout les ONG paysannes, explique-t-elle. Il s'agit maintenant d'une contestation mondiale qui regroupe autant des chercheurs du Nord que des ONG du Sud. Ces coalitions travaillent en réseaux et bénéficient d'Internet pour mener des campagnes d'envergure. Bref, il s'agit d'un important mouvement de solidarité qui aura des répercussions à long terme sur les problématiques de la faim et de la santé à l'échelle de la planète.»

Le droit progressiste

Né en France de parents guadeloupéens, Paméla Obertan revendique sa culture créole et ses origines modestes. «J'ai grandi à Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, et j'ai fréquenté très jeune toutes les communautés culturelles», précise-t-elle. Elle s'est dirigée en droit car elle voulait être avocate, mais le conservatisme des professeurs français et de ses condisciples, enfants de juge et d'avocats de milieux aisés, lui a profondément déplu. «J'entendais souvent les autres étudiants dire : Quand on est pauvre, c'est notre faute et tant pis pour nous, ce qui me choquait énormément», dit-elle.

Elle a terminé son programme puis elle s'est inscrite en échange ÉRASMUS à la licence en droit (option Droits de l'Homme), à l'Université de Valencia, en Espagne. «J'ai vécu une belle expérience là-bas, qui m'a donné le goût de m'ouvrir davantage au monde. Je suis revenue à Paris où je me suis inscrite à la maîtrise en Droit européen, dans le cadre de laquelle j'ai eu l'opportunité de faire un stage au ministère des Affaires étrangères, à titre de rédactrice. C'était passionnant, mais mon programme en général me décevait encore. C'est à ce moment que j'ai eu le goût de repartir et que je suis venue au Québec, d'abord en échange, puis pour compléter la maîtrise en droit international.»

L'UQAM lui a redonné le goût du droit, rien de moins. «Je me suis retrouvée dans cette approche progressiste du droit, qui peut être un moteur de changement social, souligne-t-elle. J'ai également apprécié l'engagement exceptionnel de certains professeurs.» Enthousiaste, Paméla Obertan s'est impliquée dans plusieurs projets, notamment le cours de simulation des Nations Unies (dont elle a été la coordonnatrice l'année suivante), la campagne de financement de la Clinique internationale de défense des droits humains, l'Association des étudiants africains et l'Association des étudiants aux cycles supérieurs en droit. Elle a également été assistante de recherche et est actuellement la représentante des étudiants de 3e cycle en droit.

Conférencière et chargée de cours

La jeune chercheuse est inscrite simultanément à deux doctorats, en droit à l'UQAM et en science politique à l'Université des Antilles et de la Guyane, en Guadeloupe. Elle a passé quatre mois là-bas l'été dernier, donnant trois conférences sur la crise alimentaire qui guette le pays, en compagnie du médecin Henri Joseph. «J'ai pris la parole à titre de citoyenne, dit-elle. Les prix des aliments ont considérablement augmenté en Guadeloupe, car le pays importe entre 80 et 90 % de ses denrées alimentaires, alors qu'il pourrait être autosuffisant grâce à l'agriculture. Un réflexe d'ancienne colonie est ancré : les gens préfèrent manger les aliments importés. Nous avons exploré avec eux certaines pistes de solution, parmi lesquels l'importance de manger local. L'une de nos conférences, dans le cadre de la Journée paysanne, a tellement bien fonctionné que les gens ont pris d'assaut les stands des agriculteurs locaux et ont tout mangé!»

Paméla Obertan a également donné un cours sur la bioéthique à des étudiants en science, à titre de chargée de cours, à l'Université des Antilles et de la Guyane. «J'ai parlé aux étudiants des OGM, des brevets, du clonage, etc. Je leur ai fait prendre conscience qu'ils sont des acteurs sociaux à part entière et que les découvertes ou les travaux auxquels ils participeront comme scientifiques peuvent avoir des conséquences néfastes.»

 

Source : Journal L'UQAM,

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