Navigateur interplanètaire : Titre Jubilatoire

Je m'attelai sérieusement à la rédaction de ma thèse, clî~s mon retour. En y travaillant sans répit, je parvins à l'achever deux mois plus tard, en octobre. Et sa soutenance eut lieu en décembre de la même année.

Les universités américaines constituent des viviers clans lesquels la CIA, le FBI, la Nasa, la General Motors et d'autres grandes firmes, toujours à l'affût d'énergies et de talents nouveaux, viennent recruter leurs cadres.

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À plusieurs reprises j'avais vu des « chasseurs de tête » placarder des affiches publicitaires dans nos couloirs et installer des sortes de cabines provisoires dans lesquelles ils interviewaient les nouveaux diplômés.

Avant même d'avoir terminé ma thèse, j'avais envoyé mon CV chez Mac Donnell Douglas, au département qui s'occupait des instruments embarqués à bord de la navette spatiale.

Ils m'avaient invité à leur rendre visite en Alabama, à Huntsville, où était né le célèbre athlète Jess Owens. J'eus une longue conversation avec deux responsables du service des recherches, au cours d'un déjeuner. Puis je partis seul à la découverte de la ville, pour savoir si j'aimerais y habiter. Le long de rues paisibles, bordées d'arbres, s'alignaient de coquettes maisons entourées de petits jardins ; des tourniquets déversaient une bruine légère sur des pelouses impeccables. Poussant plus loin

mon enquête, je demandai à voir les nouveaux logements et inspectai même leurs aménagements par le menu. Les loyers étaient presque moitié moins chers qu'à Washington. Mais vivre dans un lieu si calme, parmi des enfants et des retraités, était trop contraire à mes goûts.

Ainsi que nous en étions convenus, après ma ballade en ville, je retournai voir les deux responsables qui m'avaient reçu. Ils me firent une offre d'emploi en bonne et due forme. Pris de court, carie ne m'attendais guère à être embauché sur-le-champ, je demandai du temps pour réfléchir.

- On peut négocier votre salaire, me dit l'un des deux hommes, devant mon hésitation.

Dans tous les endroits où je m'étais promené, je n'avais rencontré que des couples tranquilles. Qu'allait faire un célibataire comme moi parmi eux ?je vis défiler devant mes yeux ce que serait mon existence à Huntsville, avec une sorte de panique.

- Je vous donnerai ma réponse dans la semaine, disje rapidement.

L'emploi qu'on me proposait était alléchant, mais l'environnement risquait de me faire périr d'ennui. Je rentrai à Washington très soulagé de ne m'être pas engagé dans une voie qui me convenait mal.

J'enseignais, avec plaisir, essayant toujours de tirer parti de mon expérience d'étudiant pour être un bon professeur, mais il me fallait prendre une décision.

Mes hésitations sur la carrière à suivre me paralysaient. Pendant un temps, je cessai même toute activité, incapable de rien entreprendre. Fidèle à mon habitude, au lieu de foncer et de me laisser griser par l'enthousiasme, je pris du recul afin d'analyser les données. Il me fallait comprendre comment fonctionnait ce milieu, si nouveau pour moi, étudier les possibilités que j'avais de progresser, mettre au point une stratégie et enfin

trouver une perspective où je ne me sentirais pas prisonnier. Je m'accrochais à l'université, et me disais que j'aurais bien aimé que mon père fût encore vivant pour faire quelque chose d'extraordinaire, à son intention. Mais quoi ?je n'en savais rien.

Ma vie de professeur se prolongea jusqu'en mai 1988 -jusqu'au jour où, au sortir d'un cours, je rencontrai dans les couloirs de Howard deux hommes appartenant à la Nasa, plus exactement au Jet Propulsion Laboratory, ce fameux JPL où s'élaborent toutes les sondes américaines propulsées dans l'espace. Noirs tous deux, ils dirigeaient le département des ressources humaines ; le plus vieux, Richard, allait devenir un ami.

Ils avaient tapissé nos couloirs de splendides photos de Mars, Jupiter, Neptune, des photos alléchantes devant lesquelles tout le monde s'arrêtait au moins quelques secondes.

Je venais d'effacer le tableau noir et quittais donc ma classe au moment où Richard achevait un entretien avec l'un de mes étudiants, dans la cabine installée presque en face de ma porte.

Je m'avançai vers ce chercheur de têtes et lui demandai comment s'était passée la discussion.

- En mécanique orbitale, ce jeune homme est très fort, me dit Richard. Mais vous-même, pourquoi ne vous êtes-vous pas inscrit pour un entretien ?

- Pour la bonne raison que j'ai déjà un poste : j'enseigne ici.

- J'aimerais vous exposer les avantages que vous obtiendriez chez nous.

- Je suis très impressionné par cette photographie de Saturne, lui dis-je, où l'ombre d'une lune se projette sur les anneaux. C'est fantastique.

- Vous n'avez pas répondu à ma proposition. Si vous n'avez pas d'autre cours avant le déjeuner, pourriez-vous me consacrer trente minutes ?

- Pourquoi pas ?

Il me demanda d'emblée si j'avais des questions à lui poser.

- Oui, deux. Si je décide de faire un doctorat en informatique, est-ce que vous prendrez en charge mes études ?

- Bien entendu, mais après que vous aurez travaillé un an pour nous. L'autre question ?

- Est-ce que chez vous les promotions dépendent de l'ancienneté ou des services rendus ?

- Le JPL touche aux sommets de la technologie et nos critères de sélection aussi bien que de promotion se résument en trois points : le cursus universitaire, l'expérience acquise durant les années d'études et les travaux effectués au laboratoire. Enfin, la qualité du travail et les résultats obtenus, rien d'autre.

Ces réponses me plurent. Je poursuivis donc :

- Vos missions spatiales impliquent quel genre de boulot? Je voudrais que vous me parliez des missions passées, en cours et futures.

- Mon collègue est ingénieur, il pourra vous répondre mieux que moi.

Quelques minutes plus tard, cet homme m'expliqua que le programme de la Nasa était centré sur Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne et Uranus. Pluton, qu'aucune sonde n'avait encore approchée, s'ajouterait à cette liste au cours de la prochaine décade. Il ajouta :

- Nous sommes sur le point de lancer deux nouvelles sondes, Magellan et Galilée, nous entamons les études détaillées de leurs missions.

Et il me remit une brochure éditée par le JPL où étaient exposés les programmes.

- Nous devons aller déjeuner. Pourriez-vous nous remettre votre CV en début d'après-midi ?

Lorsque je le leur apportai, deux heures plus tard, les recruteurs interviewaient quelqu'un et j'attendis qu'ils eussent terminé. Richard me remit un questionnaire de deux pages, mais je n'avais pas le temps de le remplir.

-

Aucune importance, dit-il.

Il parcourait mon CV des yeux : sept ans d'études dans une université américaine, des notes dont la moyenne était de 3,71 sur 4. Il me retint par le bras :

- Même si l'offre qu'on vous fera ne vous convient pas, venez en Californie, on vous trouvera autre chose sur place, qui sera plus dans vos goûts.

Nous nous serrâmes la main, et les semaines passèrent.

Vint la période des examens, moment de travail intense, car je devais élaborer les problèmes que je soumettais à mes étudiants.

Voici un exemple des sujets que je leur donnais à traiter :

« Supposons un pont à deux voies. Chaque fois qu'une voiture tombe en panne sur ce pont, en particulier aux heures de pointe, à l'aide d'une grue, un harnais descend à la hauteur du véhicule, le soulève et le dépose à la sortie du pont, afin de dégager la voie. »

Je dessinais au tableau le pont et, au milieu d'un segment, la voiture entre les deux points de jonction. La question était alors la suivante :« Trouvez les forces internes de tous les segments du pont et dites, pour chaque segment, s'il est en tension ou en compression. »

C'est au pont de Bamako que je songeais, où le problème de voiture en panne se pose quotidiennement. J'essayais toujours de faire en sorte que mes élèves fassent appel à leur réflexion, non à leur savoir.

Ces

J'observais mes étudiants : ils suaient à grosses gouttes, 1a mordaient les ongles, se passaient les mains dans les cheveux, montraient tous les signes de l'anxiété la

étudiants, en deuxième année de licence, n'avaient encore appris sur l'analyse des structures que la méthode des noeuds et des sections. Ce que nous avions étudié des structures n'était donc pas applicable ce problème.

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