Bertrand Jordan : une tentative française pour réhabiliter le racisme scientifique.

Bertrand Jordan : une tentative française pour réhabiliter le racisme scientifique.

Il y a des livres si monstrueux de bêtise, des livres qui donnent tellement la nausée qu’on ne sait trop s’il faut en parler ou pas. Dans la catégorie sottise à visage de hyène, le récent opus d’un physicien défroqué, Bertrand Jordan, présenté sous le titre L’Humanité au pluriel (Paris, éditions du Seuil) est un petit chef d’œuvre.

 Ce qui est particulièrement grave, c’est que L’Humanité au pluriel se voudrait un ouvrage de vulgarisation teinté d’humour. Ciblant les imbéciles - c’est-à-dire le plus grand nombre - ce torchon (on ne peut pas appeler ça autrement) est ouvertement destiné, comme le titre l’indique sans aucun complexe, à réactiver grossièrement les thèses les plus éculées du polygénisme esclavagiste et à donner, à coups de génomes et d’ADN, une seconde chance « scientifique » à la notion de « race humaine » héritée du XIXe siècle. Naturellement, Jordan avance masqué et use, avec la complicité évidente de son éditeur, de tous les artifices rhétoriques imaginables pour rester à l’abri des tracasseries judiciaires.

 Il a tort d’avoir peur parce qu’en France, aussi stupéfiant que cela paraisse, la législation est telle qu’on peut se déclarer ouvertement raciste sans risquer aucune condamnation tant qu’on n’a pas désigné une catégorie particulière. Il est vrai que dans le cas d’espèce, Jordan, sous des dehors cauteleux, a beaucoup de mal à dissimuler la négrophobie obsessionnelle qui l’anime. Il ne se prive pas, pour ceux qui n’auraient pas compris le vrai fond d’une pensée inspirée par Gobineau - de fait moins obtus que Jordan puisque Gobineau, lui au moins, prend en compte le métissage - de produire deux illustrations, pourtant bien inutiles dans un ouvrage qui se voudrait « scientifique », afin d’évoquer la comparaison entre les Africains et les singes !

Pour instiller son fiel, Jordan use d’une formule très simple : « ce n’est pas prouvé, mais ce n’est pas exclu » ou bien plus finement encore « ce n’est pas exclu, mais ce n’est pas prouvé. » Le chapitre 13 Races et aptitudes (tout un programme...) est annoncé par l’auteur lui-même comme « épineux ». Les sous rubriques Le QI « génétiquement inférieur » des noirs (avec une majuscule comme il se doit puisque les « noirs » forment, pour Jordan, une « race » aisément reconnaissable à la couleur de peau des individus qui y sont rattachés) ou Tout dans les muscles et rien dans la tête valent le détour.

On y apprend que si les « noirs » courent plus vite ou plus longtemps que les « blancs » (affirmation présentée par Jordan comme une vérité sur la foi de Georges Frêche, explicitement cité !) il « n’est pas exclu que des facteurs génétiques soient en cause ». Imaginons que paraisse demain un livre à prétention scientifique comprenant un chapitre intitulé Les juifs et l’argent où l’auteur conclurait que les « juifs », à l’évidence, ont plus le sens du commerce que les autres et qu’il « n’est pas exclu que des facteurs génétiques soient en cause » (même si cela n’est pas prouvé) ? Je serais le premier à qualifier l’auteur de raciste et sa production d’étron. Et j’imagine que le journaliste du Monde Jean-Yves Nau s’abstiendrait d’écrire comme il vient de le faire dans l’édition datée du mardi 18 mars 2008 (p 23) que cet émule français de James Watson est « lucide et courageux ».

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