Rama Yade, la stratégie des pieds dans le plat

Rama Yade, la stratégie des pieds dans le plat

Bien seule dans son camp. Rares sont les responsables politiques qui se risquent à soutenir l’attaquante Rama Yade, outrée, ce week-end, par l’hôtel de luxe qui héberge l’équipe de France dans la première phase de la Coupe du monde. «J’attends que l’équipe de France nous éblouisse par ses résultats plutôt que par le clinquant des hôtels», a cogné la secrétaire d’Etat aux Sports, «décence en temps de crise» en bandoulière. 

La secrétaire d'Etat Rama Yade, le 15 novembre 2009

La secrétaire d'Etat Rama Yade, le 15 novembre 2009 (Jacky Naegelen / Reuters)

Quoi? Chercher des noises aux Bleus à une semaine du Mondial? Sur les radios, ce lundi matin, les responsables UMP préfèrent le maillot de supporteur à celui de redresseur de torts et laissent la polémique au vestiaire. Faux-pas de Rama Yade? Pas sûr. Recadrée illico par sa ministre de tutelle, l’impertinente, coutumière de la sortie à rebrousse-poil, si elle semble se mettre une partie de la classe politique à dos, chercherait, par sa pique -un brin démagogique- à trouver un écho auprès des Français, à l’heure où par ailleurs, les Bleus ne font pas franchement rêver.

«Allez stop, on est derrière notre équipe»

Ce matin, personne ne trouve donc guère à redire au choix du Pezula Resort à Knysna, complexe cinq étoiles, au bord de l’océan Indien. Même Matignon prend la peine de trancher: «L’heure n’est plus aux polémiques.» «Ce qui est important, c’est que tous les Français, y compris les membres du gouvernement, soient mobilisés derrière leur équipe», implore Chatel sur France Inter, atterré par «une telle polémique». A l’UMP Xavier Bertrand ose la métaphore, sur Canal +, refusant de «chausser les crampons de la polémique». «C’est pas parce qu’il s’agit de parler de foot que je vais tacler qui que ce soit», retente-t-il.

Mais c’est la ministre de la Santé, contredisant complètement sa secrétaire d’Etat, qui fut la première, dimanche sur RTL, à sortir le drapeau. «Maintenant, allez stop, on est derrière notre équipe, elle en a besoin (...). Il n’est plus temps de faire des polémiques», tranche Bachelot, prête à fermer les yeux sur l’hôtel des Bleus, puisque «la Fédération française de football a fait un choix». Lequel «ne coûte pas un sou au contribuable».

Deux poids deux mesures

Si Yade se voit reprocher de ne pas se ranger derrière l’équipe de France, d’autres critiques sont plus argumentées. Ainsi, l’ex-ministre des Sports, Marie-George Buffet (PCF) soulève le deux poids-deux mesures: «On ne peut pas d’un côté donner plus de pouvoir à l’argent dans le sport et puis ensuite, naïvement, s’étonner que l’équipe de France soit dans un cinq étoiles.»

Porte-parole du PS, Benoît Hamon a choisi le même angle d’attaque: «Je voudrais dire à madame Yade, c’est bien de se préoccuper de la décence des conditions dans lesquelles sont logés nos joueurs» mais «elle est la secrétaire d’Etat qui a permis les pas les plus importants en matière de transformation du football en un foot business de plus en plus lié à l’argent». Le socialiste cite notamment l’ouverture de «la libéralisation des paris en ligne». Surtout, Yade avait soutenu le maintien du DIC (Droit à l’image collectif), dispositif d’exonération de charges sociales pour les sportifs, avant sa suppression. En parfait désaccord, alors, avec Bachelot...

«Cela fait six mois que l’on sait»

Elle est d’ailleurs une habituée des couacs, avec son ministre référent comme avec les responsables électoraux du parti. Ancienne secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, elle a entretenu des relations houleuses avec Bernard Kouchner (Affaires étrangères), le prenant à contrepied sur l’invitation, à Paris fin 2007, du Libyen Kadhafi ou sur la venue, sous «conditions» de Nicolas Sarkozy, à Pékin en août 2008 à l’ouverture des JO.

A l’automne dernier, Yade, porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse en Ile-de-France aux régionales, tient tête à l’UMP qui rêve de la parachuter dans le Val-d’Oise, pour faire son trou électoral à Colombes. Une stratégie des pieds dans le plat qui exaspère l’Elysée, mais a, jusque-là, fait grimper sa cote de popularité.

Sa sortie sur le «clinquant» de l’hôtel hébergeant les hommes de Domenech ne ressemble pas, à ce titre, à un mouvement d’humeur. «Lier les Bleus à l’argent qu’ils représentent, c’est le jackpot assuré. En surfant sur leur impopularité actuelle, Rama Yade caresse l’échine de l’opinion et ne prend aucun risque», avance le quotidien L’Equipe.

L’attaquant André-Pierre Gignac fait remarquer qu’elle «aurait pu sortir cette polémique il y a six mois, cela fait longtemps que l’on sait que l’on est dans cet hôtel». Le choix du timing -Yade dégaine deux jours après la piteuse prestation de la France face à la Chine- ne semble alors pas inopportun.

Reste ensuite à assumer, une fois en Afrique du Sud: si la secrétaire d’Etat doit toujours s’y rendre vendredi pour le match Uruguay-France, son agenda pourrait encore bouger pour les trois matchs suivants, indique-t-on à son cabinet.

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