Claude Guéant: "les Français qui ont le sentiment de ne plus être chez eux"

Claude Guéant: "les Français qui ont le sentiment de ne plus être chez eux"

 L'association "SOS Soutien ô sans papiers" a annoncé vendredi le dépôt d'une plainte en justice pour "provocation à la haine, à la discrimination et à la violence" contre le ministre de l'Intérieur. Claude Guéant a provoqué jeudi un tollé à gauche et des applaudissements railleurs au Front national avec ses propos sur "les Français qui ont le sentiment de ne plus être chez eux" à trois jours du premier tour des élections cantonales. Des responsables de l'UMP ont tenté d'allumer un contre-feu à l'image du député Eric Ciotti, pour qui Claude Guéant "a tenu un langage de vérité et relayé ce que les Français nous expriment dans nos villes, nos villages." Vendredi, le ministre de l'Intérieur a persisté. "Je ne regrette rien parce que je pense que c'est ce que les Français pensent", a-t-il dit aux journalistes.

Le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a estimé pour sa part qu'il n'y avait pas de "procès en sorcellerie" à faire à Claude Guéant. "Ce qui me semble important dans la phrase de Claude Guéant c'est "incontrôlée", c'est pas tout le reste et tout le tintouin qu'on en fait", a-t-il dit sur RTL.

Mais pour "SOS Soutien ô sans papiers", les propos du ministre de l'Intérieur sont passibles de poursuites, comme ceux de son prédécesseur Brice Hortefeux, condamné en première instance en juin dernier pour injure raciale. "Les citoyens de ce pays doivent choisir de façon nette entre d'une part l'humanisme et l'universalisme issus des Lumières et d'autre part une politique racialiste qui place la France à la traîne de l'Europe et au ban des nations", a dit à Reuters son président, Rodolphe Nettier.

CARTE PRESTIGE

Le ministre de l'Intérieur a déclaré jeudi sur Europe 1 que "les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux." Marine Le Pen a sauté sur l'occasion pour lui proposer ironiquement de devenir membre d'honneur du Front national. Elle a annoncé avoir "fait faire une carte d'adhérent de prestige" à Claude Guéant, une carte qu'il "mérite" après ses propos sur l'immigration". "Ce sont les propos que tient le FN depuis des années et que M. Guéant et ses amis ont toujours contestés. Il m'apparaît que M. Guéant a été touché par la grâce", a-t-elle ajouté.

A gauche, les réactions n'ont pas cessé depuis jeudi.Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de gauche, a dénoncé sur RMC "l'idée d'une France blonde aux yeux bleus" défendue selon lui par l'ancien secrétaire général de l'Elysée. Harlem Désir, numéro deux du Parti socialiste, a estimé que Claude Guéant tentait de "doubler le Front national sur sa droite."

Martine Aubry, premier secrétaire du PS, a déclaré jeudi que tenir les propos de Claude Guéant "à trois jours du premier tour" des cantonales et "nous faire pleurer des larmes de crocodile en disant que le FN augmente, c'est vraiment se moquer des valeurs de la République." La secrétaire nationale d'Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, a dénoncé le "cynisme venimeux" du ministre de l'Intérieur. "C'est plus qu'un dérapage, c'est décidé, c'est du cynisme venimeux, et c'est triste. J'espère que ce sera dévastateur pour le parti qu'il est censé représenter", a-t-elle dit aux journalistes.

Pour le Parti communiste, le ministre de l'Intérieur est devenu "un rabatteur de voix pour le Front national". "C'est terrifiant", dit-il dans un communiqué.

 

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