Ali Soumaré : la droite prise en flag

Ali Soumaré : la droite prise en flag

L’UMP du Val-d’Oise avait accusé le candidat PS d’être un «délinquant multirécidiviste». Hier, la procureure de Pontoise a révélé qu’il s’agissait d’un homonyme.

Le portrait de «délinquant multirécidiviste chevronné», brossé à gros traits par deux élus UMP du Val-d’Oise, s’est effacé brutalement. L’une des cinq accusations brandies, vendredi dans un communiqué de Francis Delattre et Sébastien Meurant, maires de Franconville et de Saint-Leu-la-Forêt, à l’encontre d’Ali Soumaré, tête de liste PS dans le département pour les régionales, s’est écroulée hier. La plus lourde, un prétendu «vol aggravé avec violence et usage de carte de paiement contrefaite». Le jugement du 8 février 2007 «ne concerne pas Ali Soumaré qui est né le 25 décembre 1980», a coupé Marie-Thérèse de Givry, procureure de la République de Pontoise au micro de France Bleu 107.1. Si ce n’est lui, c’est donc… son «homonyme», un Ali Soumaré, mineur à l’époque des faits. Car comme le précise la procureure, ce jugement n’a pas été «rendu par le tribunal correctionnel» mais «par le tribunal pour enfants». Ce qui explique a posteriori la nature de la peine mentionnée dans le communiqué des deux détracteurs de Soumaré: «80 heures de TIG [travaux d’intérêt général].»

 

Amateurisme. Et qui aggrave le cas du tandem de l’UMP : les décisions rendues par un tribunal pour enfants, rappelle la procureure, ne sont «pas publiques». La veille, le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, décrivait pourtant la marche à suivre pour dégoter les antécédents judiciaires de tout un chacun. Simple comme bonjour : «Il suffit d’aller sur Internet» ou «au greffe du tribunal.»Contacté avant la mise au point de la procureure, Sébastien Meurant, maire de Saint-Leu-la-Forêt, assurait qu’il s’était procuré ses «pièces à conviction» au greffe du tribunal.

L’avocat d’Ali Soumaré, Jean-Pierre Mignard, avait beau jeu, hier, de moquer l’amateurisme des «deux enquêteurs du Val-d’Oise», «des phénomènes étranges». Pour lui, la révélation de l’«homonymie» sur l’affaire de 2004 suffit à démontrer le caractère «diffamatoire» des accusations contre son client et «rend totalement absurde» le qualificatif de «délinquant multirécidiviste». Et de lister la batterie de plaintes qu’il entend déposer : diffamation, atteinte à la présomption d’innocence, violation du secret professionnel, et évocation publique de «condamnations pénales réhabilitées» pour des faits datant de 1999.

 

Crise d’adolescence. En catastrophe, l’UMP s’accroche aux autres affaires supposées : «Nous confirmons quatre des cinq condamnations et décisions de justice», maintient le maire de Franconville. La boulette de l’homonymie ne concerne «qu’un cas sur les cinq», répète Xavier Bertrand sur Europe 1. «Je ne vois pas ce qui reste du dossier», lui oppose, sur France Info, le candidat Jean-Paul Huchon, président (PS) de l’Ile-de-France.

Que donnent les autres branches auxquelles se rattrape le patron de l’UMP? Le vol de 1999 que Soumaré assume: «J’étais encore en pleine crise d’adolescence. J’ai payé ma dette» (lire page 4). L’affaire de juillet 2009 pour «rébellion à agents de la force publique», pour laquelle il a fait appel lundi, ayant appris sa condamnation… par Delattre. Deux procédures en cours pour des faits qu’il nie : «violences ayant entraîné une ITT [incapacité temporaire de travail] de moins de 8 jours» et conduite sans permis. Pour laquelle «aucune ordonnance n’a été signifiée à M. Soumaré», a indiqué la procureure. Si Xavier Bertrand réclame encore des comptes au PS, Valérie Pécresse, chef de file de l’UMP dans la région, elle, fait profil bas. Et «condamne l’initiative de Francis Delattre».

Arrêter la polémique et revenir au programme, tel semble être désormais la consigne au sein de l’équipe de Valérie Pécresse. Mercredi après-midi, le maire de Franconville, Francis Delattre, à l’origine des accusations contre Ali Soumaré, candidat tête de liste (PS) aux élections régionales dans le Val-d’Oise, qu’il avait qualifié de “délinquant mutirécidiviste chevronné”, lui a présenté, dans un communiqué signé de ses deux avocats, “ses excuses publiques pour cette erreur”. Il accède donc à la volonté du PS, qui avait exigé, mardi par la voix de Pierre Moscovici, cette démarche de la part de l’édile.

“Il est exact que le jugement du 8 février 2007 pour faits de vol aggravé, vol avec violence et usage de cartes de paiement contrefaites concerne son homonyme.” Le reste du communiqué, cependant, assure que les quatre autres “événements judiciaires” survenus à la tête de liste PS dans le Val-d’Oise existent bel et bien.

Après plusieurs jours de silence radio, les langues se délient peu à peu au sein du parti présidentiel concernant l’affaire Soumaré. Mercredi 24 février, soit cinq jours après les accusations portées par les élus UMP, Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la ville, a en effet pris la défense du jeune candidat socialiste, dénonçant la campagne “puante” qui ne fait “pas honneur à la vie politique” menée contre lui par des élus UMP. “Je pense qu’on est dans des dérives et des dérapages qui ne sont pas bons en réalité pour la vie politique”, a-t-elle déclaré. Des propos qui font écho à ceux d’Eric Raoult, député-maire du Raincy.

Ecarté de la liste UMP en Seiill_1076975_pecresse.1267029665.jpgne-Saint-Denis par Valérie Pécresse, l’édile n’a pas manqué l’occasion de souligner les erreurs de campagne de la tête de liste régionale de sa famille politique : “Tout cela montre que Valérie Pécresse connaît mal le terrain. Elle n’aime pas les gens, elle a eu une réaction ’sociale’ face à Ali Soumaré. Elle a tort. S’il gagne, elle va le croiser tout le temps à l’assemblée régionale, elle devra lui serrer la main. Il sera peut-être même vice-président ! Mais pour avoir les voix des gens, il faut les aimer. Valérie [Pécresse] ne comprend pas cette France-là. Elle incarne la droite rétro”, tance l’ancien ministre.

A Paris également, l’équipe de campagne de l’UMP sonne l’alarme : “Si nous continuons de mener ce type de campagne nous sapons nos chances, estime Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris et candidat aux régionales. “Il faut revenir aux fondamentaux du projet présidentiel pour la région : le Grand Paris voulu par Nicolas Sarkozy. Je ne veux pas retourner à bord de la machine à perdre” glisse cet ancien collaborateur de Françoise de Panafieu lors de la dernière campagne municipale.

Il n’est pas certain qu’il soit entendu. “Moi je ne regrette pas la polémique de ces derniers jours, a déclaré, mercredi 24 février, Axel Poniatowski, tête de liste UMP dans le Val-d’Oise. Ce que je regrette, c’est le cas de la condamnation erronée, du fait d’un homonyme, qui a été divulguée.” Et d’ajouter : “Il est clair [qu’Ali Soumaré] a quand même un bagage qui est assez lourd (…) compte tenu du nombre de condamnations dont il est l’objet” persiste-t-il.

Samuel Laurent et Eric Nunès

Photo AFP/Dominique Faget

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