Jamaïque. L'ultime hommage du ghetto à Gregory Isaacs

Jamaïque. L'ultime hommage du ghetto à Gregory Isaacs

Kingston, 26 novembre 2010. CCN. Pendant trois jours, la Jamaïque a rendu hommage à son ambassadeur, Gregory Isaacs. À l’ouest de Kingston, réputé pour sa violence, Fletchers Land a vibré au son du Cool Ruler, saluant son enfant devenu une icône internationale.
« C’est le seul endroit que je connais », répétait Gregory Isaacs dans son titre ‘Kingston 14’. Il était dix heures ce vendredi lorsque le Cool Ruler a fait ses adieux à sa terre, Fletchers Land, le ghetto qui l’a vu naître et grandir. À l’ouest de Kingston, le quartier s’était préparé au passage de la dépouille de son ‘Gregory’.

Sous une chaleur écrasante, ses amis d’enfance, producteurs et certains membres de la famille s’étaient tapis le long des rues étroites pour rendre un dernier hommage au précurseur du Lover’s Rock. Chants et pleurs ont accompagné le cortège funéraire qui se rendait au stade pour des funérailles nationales.

Si Trench Town se vante d’être le fief de Bob Marley, Fletchers Land est fière d’avoir porté Gregory Isaacs. « Ici, la communauté est divisée en deux partis politiques, travailliste (JLP) et populaire (PNP), la police est crainte, la violence est partout, mais Gregory Isaacs met tout le monde d’accord », résume Casanova, artiste reggae et filleul du chanteur défunt.

Enfant du ghetto

Ghetto girlIn the ghettoGhetto celebrities… Les quelques cent albums d'Isaacs sont marqués par la vie de l'artiste dans un quartier des plus dangereux. À quelques pas de Tivoli Gardens, Fletchers Land est réputé pour avoir été le fief numéro deux de Christopher ‘Dudus’ Coke. Idolâtré par ses partisans qui voient en lui un Robin des bois du ghetto, Dudus est considéré par Washington comme l'un des plus dangereux narcotrafiquants de la planète. En mai, la police avait découvert un des tunnels à Tivoli Gardens, qui menait « en huit minutes » à Fletchers Land et aurait permis à Dudus de s’échapper. Une affiliation qui a fait de ce bout de terre une cible pour le gouvernement.

« Police et gangs tiraient de gauche à droite et de haut en bas », se souvient Dorrel, 53 ans. « Mon voisin et trois autres habitants y ont perdu la vie », précise-t-il. Six mois après, les impacts de balle témoignent de la violence des combats, et la population partage un même sentiment, la colère.

Christopher Dudus Coke a depuis été arrêté,extradé et son procès est en phase de préparation à New York, aux États-Unis. En mai, sa traque avait causé de violents affrontements entre les forces armées et les affidés à celui surnommé ‘le président’. Au moins 73 civils et trois policiers ont perdu la vie.

 

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