HAITI: Pourquoi internet n'est pas totalement coupé.

“Ce n’est pas Internet qui ne fonctionne pas en Haïti, ce sont les moyens d’y accéder aisément”

Alors que les lignes téléphoniques ont été détruites par le séisme, des Haïtiens parviennent à communiquer avec l’extérieur du pays en se connectant à Internet. Comment le Web peut-il fonctionner dans ces conditions ? Entretien avec Leslie Daigle, responsable du bureau “technologie Internet” à l’Internet Society, l’autorité technique et morale du réseau.

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Comment se fait-il que certains Haïtiens puissent à se connecter à Internet, alors que les lignes téléphoniques sont coupées ?

Leslie Daigle : A priori, l’essentiel des connexions au réseau se fait par les airs, via les réseaux de téléphonie mobile, qui fonctionnent encore partiellement. Les données recueillies par nos collègues dans la région montrent, à leur grande surprise, qu’un seul des fournisseurs d’accès haïtiens est complètement déconnecté du réseau : les autres sont toujours accessibles. En ce moment, ce n’est pas Internet qui ne fonctionne pas en Haïti, ce sont les moyens d’y accéder aisément, comme les lignes fixes.

Le réseau haïtien aurait donc plutôt bien résisté au tremblement de terre ?

Nous manquons de données précises, mais c’est ce que semblent indiquer les premiers éléments. Le fait que la plupart des fournisseurs d’accès soient toujours raccordés au réseau tend à montrer que leurs routeurs [les machines qui assurent le transfert des données, ndlr] les plus importants sont toujours en fonctionnement. Ils étaient donc soit situés dans des endroits bien protégés ou épargnés par le tremblement de terre, ou à l’étranger.

Que se passe-t-il lorsqu’un pays se retrouve ainsi coupé du Web ? Pourquoi certains sites haïtiens sont-ils encore accessibles et d’autres non ?

Internet est conçu de manière à ce que lorsqu’une partie du réseau ne fonctionne pas, le reste d’Internet le sait, et peut ainsi rediriger les données pour qu’elles empruntent un autre chemin. L’infrastructure du réseau a précisément été conçue pour gérer ce type de problèmes.

En ce qui concerne les sites haïtiens, il y a plusieurs cas de figure. Certains sont inaccessibles parce que le serveur qui les héberge est détruit ou n’est plus raccordé au réseau. Certains fonctionnent toujours, mais ne sont simplement pas configurés pour supporter le volume de trafic qui leur est destiné en ce moment. Il semble cependant que la plupart des serveurs qui hébergent les sites haïtiens sont situés soit à l’étranger, soit dans des endroits protégés, ce qui leur permet de rester en ligne.

En 2005, lors de l’ouragan Katrina aux Etats-Unis, il y avait eu plusieurs cas de personnes qui s’étaient retranchées avec des vivres dans leurs salles serveur pour s’assurer que tout continuerait à fonctionner.

Quelles mesures peut prendre un pays pour protéger son accès au réseau et s’assurer qu’il résiste à une telle catastrophe naturelle ?

Il est encore trop tôt pour tirer des leçons du tremblement de terre. Si c’est la première fois qu’un pays entier se retrouve ainsi sans accès au réseau, nous avons pu tirer des enseignements de précédents évènements, comme Katrina ou les attentats du 11 septembre. Toutes nos études le montrent : la clef, c’est d’avoir un réseau à la fois souple et solide. Et la meilleure manière d’y parvenir, c’est la redondance, c’est à dire le fait d’avoir plusieurs machines capables de faire la même chose, et de ne pas tout concentrer en un même endroit.

Propos recueillis par Damien Leloup

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