Audrey Pulvar privée d'antenne sur iTélé

Audrey Pulvar. Crédits photo: AFP Audrey Pulvar privée d'antenne sur iTélé

La chaîne veut éviter «une confusion des genres préjudiciable», après qu'Arnaud Montebourg, le compagnon de la journaliste, a déclaré sa candidature aux primaires du PS. Ce dernier se décrit lui-même comme «le principal défaut» de la jeune femme.

Audrey Pulvar ne présentera plus la tranche de 19h à 20h sur iTélé. Alors que son compagnon, Arnaud Montebourg, a annoncé samedi à Frangy-en-Bresse son intention de participer aux primaires du Parti socialiste, la journaliste a été privée d'antenne ce lundi, annonce L'Express.fr. Une information confirmée par la chaîne et l'intéressée. Depuis septembre, Audrey Pulvar animait chaque soir une heure de débats et d'interviews sur l'actualité du jour. Les sujets politiques occupant dans cette émission une place centrale, le risque de confusion des genres était trop important pour la chaîne d'information.

«L'impartialité d'Audrey Pulvar ne peut être, naturellement, mise en cause, mais il était de notre responsabilité d'éviter une confusion des genres préjudiciable, tant pour l'intéressée que pour la chaîne», précise le patron d'iTélé, Pierre Fraidenraich. Comment imaginer qu'elle puisse continuer à inviter des responsables politiques de premier plan sur notre antenne dans un tel contexte? Nous aurions et elle aurait beaucoup à perdre», ajoute-t-il. Une décision mûrement réfléchie, selon Albert Ripamonti, le directeur de la rédaction de la chaîne. «Il avait été décidé que par prudence et éthique, l'émission serait arrêtée dès lors qu'Arnaud Montebourg se présenterait aux primaires du PS. Cela aurait mis Audrey dans une situation inconfortable si elle avait dû continuer, tant vis à vis d'hommes politique de gauche que de droite», explique le journaliste au Figaro.

«Chacun jugera la justesse ou l'injustice de la décision», a réagi Arnaud Montebourg sur Canal+ lundi soir. «J'ai compris que j'étais le principal défaut d'Audrey Pulvar», a-t-il glissé en allusion à son mot largement commenté en 2007, lorsque, porte-parole de la campagne de Ségolène Royal, il avait dit «Ségolène Royal n'a qu'un seul défaut, son compagnon» (à l'époque François Hollande, ndlr). Il avait été suspendu pour un mois après cette sortie.

La chaîne d'information s'est pliée à la «jurisprudence» en vigueur dans l'audiovisuel depuis le cas d'Anne Sinclair. En 1997, la présentatrice de Sept sur Sept avait volontairement abandonné son poste lorsque son mari, Dominique Strauss-Kahn, était devenu ministre de l'Economie et des finances du gouvernement Jospin. En février 2007, alors que l'élection présidentielle approchait, Béatrice Schönberg avait été de son côté poussée vers la sortie par la direction de France 2 en raison de sa relation avec Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Cohésion sociale. La présentatrice du 20 heures avait finalement démissionné à la mi-mai 2007 pour couper court à la polémique.

Prise de vitesse

Lorsque sa relation avec le député socialiste avait été dévoilée, en février dernier, Audrey Pulvar avait cherché à minimiser la situation en se distinguant du cas de Béatrice Schönberg. «Béatrice était mariée à Jean-Louis Borloo, l'un des principaux ministres du gouvernement. Moi je ne suis «que» la compagne, la petite amie d'Arnaud Montebourg, qui est député de Saône-et-Loire et qui n'est pas au gouvernement», avait-elle déclaré au Jdd.fr. Le Point avait alors assuré que Bertrand Méheut, le patron de Canal+ - dont iTélé est une filiale -, n'appliquerait pas la «jurisprudence Schönberg» tant qu'Arnaud Montebourg n'exerce pas de mandat gouvernemental.

Dans une interview donnée fin octobre, la journaliste avouait «réfléchir» aux conséquences d'une éventuelle candidature de son compagnon sur sa carrière. «J'arrêterais au moins l'interview politique, mais quand ? Dès qu'il se présente ou au début des primaires ? Pour tout le reste, je suis en pleine réflexion. Je pourrais suspendre mes activités, mais j'ai encore plusieurs mois avant de me décider». Mais la chaîne d'info en a jugé autrement. Sa réactivité étonne au Parti socialiste : «La décision de Canal+ est très rapide, explique Benoît Hamon. On ne peut pas soupçonner Audrey Pulvar d'avoir ménagé l'un ou l'autre d'entre nous parce qu'elle est la compagne de Montebourg. Arnaud est candidat aux primaires, il ne gouverne pas.»

Prise de vitesse, la présentatrice ne devrait toutefois disparaître que temporairement des écrans. «C'est l'émission qui est suspendue mais pas Audrey Pulvar. Nous ne voulons pas nous priver de son talent et nous allons réfléchir à un nouveau format d'émission», explique Albert Ripamonti. Audrey Pulvar conserve en outre sa tranche horaire matinale, de 6h à 7h, sur France Inter. Interrogée par Europe 1, la journaliste précise que «rien ne change» sur ce point. «Déjà, je ne présente pas de politique dans le 6-7, et pour l'interview de 7h50, on s'est mis d'accord que s'il y avait impossibilité de ne pas recevoir un politique, et que ce soit un conflit d'intérêt, quelqu'un d'autre ferait l'interview», assure-t-elle.

La compagne de François Hollande, la journaliste Valérie Trierweiler, qui conduit des interviews politiques sur Direct 8, pourrait elle aussi se retrouver sur la sellette. Mais Yannick Bolloré, le patron de la chaîne de la TNT, ne semble pas l'entendre de cette oreille. Il a annoncé en octobre qu'elle présentera une émission politique à partir de janvier 2011.

 

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