New York : le Bronx pleure son héros Hugo Chávez

New York : le Bronx pleure son "héros", Hugo Chávez

Photo d'illustration.

Par , À NEW YORK

Le Comandante avait de nombreux soutiens dans le quartier défavorisé new-yorkais, qu'il a soutenu financièrement pendant des années avec l'argent du pétrole.

Nous sommes en septembre 2005. Il y a foule dans les locaux de The Point, une association du Bronx du Sud ("South Bronx"), l'un des quartiers les plus défavorisés des États-Unis. Et pour cause : le président vénézuélien Hugo Chávez est venu s'entretenir avec plusieurs leaders associatifs locaux en marge de l'ouverture de l'assemblée générale des Nations unies. Il passe plusieurs heures sur place, discute, interroge. Et se livre à une démonstration impromptue de güira, un instrument de percussion dominicain, avant de repartir. Wanda Salaman, une activiste qui a rencontré le Comandante ce jour-là, se souvient : "Nous nous disions que nous n'avions jamais rencontré le président des États-Unis. Alors pourquoi rencontrerions-nous le président d'un autre pays ? Pourquoi se préoccupe-t-il de nous ?"

Parce qu'il voyait dans le South Bronx un quartier qui cumule les difficultés économiques, sociales et environnementales, un terreau idéal pour exporter sa révolution bolivarienne. Il y a gardé de nombreux soutiens, voire des admirateurs, qui pleurent aujourd'hui sa disparition. "Tout le monde est sous le choc", s'exclame Felix Leo Campos, fondateur de la société de production AfterDark CATV Pro et auteur d'un documentaire sur la relation entre Chávez et le South Bronx.

Quatre millions de pétrodollars 

L'ex-leader fut à l'origine de Petro-Bronx, une initiative visant à injecter les dollars de la manne pétrolière vénézuélienne dans le quartier new-yorkais. Tous les mois, une trentaine d'associations locales se retrouvaient pour se partager les fonds provenant de Citgo, le géant pétrolier de Houston, filiale de la compagnie d'État vénézuélienne PDVSA, en vue de financer des projets de développement. Entre 2007 et 2011, quatre millions de dollars ont ainsi été donnés au South Bronx. Ils ont servi à lancer une coopérative alimentaire, des centres de recyclage et des programmes éducatifs pour les immigrés et les seniors.

Les faveurs de l'ancien dirigeant ne se sont pas arrêtées là. En 2005, Chávez promet aux habitants du South Bronx... d'alléger leur facture de chauffage. Il fait acheminer aux États-Unis, via Citgo, plus de trente millions de litres de fioul domestique, pour aider les habitants de quartiers pauvres, dans huit États différents, à se chauffer pendant l'hiver. Et à moindre coût - le fioul est disponible avec une réduction de 40 %. Plusieurs milliers d'habitants du South Bronx bénéficient de cette initiative. "Il a fait pour les habitants du Bronx des choses que l'État et la ville n'ont jamais faites", résume Felix Leo Campos.

En 2011, Citgo décide de couper le robinet à dollars sans raison apparente, et de remplacer Petro-Bronx par une fondation. Aujourd'hui, celle-ci gère intégralement le processus de répartition des fonds, sans passer par les associations sur place. Certaines d'entre elles ont donc perdu le précieux coup de pouce, et ont dû fermer. "On s'est retrouvés sans rien", déplore Lucía Solano, qui dirige une association de services éducatifs pour immigrés, et qui fut l'une des principales animatrices de Petro-Bronx. Les fonds du programme lui ont notamment permis de payer ses professeurs et le loyer. Lors d'un rassemblement pro-Chávez en septembre 2011 dans une église de Manhattan, le leader vénézuélien a indiqué par téléphone qu'il n'était pas au courant de l'interruption des aides. Mais qu'importe, le Bronx lui reste très attaché. "Il est toujours très populaire ici, insiste Lucía Solano. Il est vu comme un héros."

 

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