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COMMISSAIRE GÉNÉRAL

  • Lilian Thuram, président de la Fondation “Education contre le racisme”

COMMISSAIRES SCIENTIFIQUES

  • Pascal Blanchard, historien et chercheur associé au CNRS
  • Nanette Jacomijn Snoep, responsable des collections Histoire du musée du quai Branly

RENCONTRE AVEC Murielle CRANE

Chercheuse, auteur africaine-guadeloupéenne Murielle CRANE traite à travers ses œuvres de problématiques liées à l’histoire du peuple noir. Elle a écrit un livre intitulé « Enlevons nos voiles : un appel aux consciences », réalisé le CD « Manifester son potentiel supérieur » et rédigé une thèse consacrée à l’influence de l’apprentissage de l’histoire sur un petit groupe de gens de descendance africaine en Guadeloupe. Nous vous proposons ici un entretien réalisé lors de son dernier séjour en Guadeloupe.

Les révoltés du Meermin

Les révoltés du Meermin

Au cours de l'été 1766, le Meermin, navire négrier hollandais, lève l'ancre pour rejoindre Le Cap, en Afrique du Sud. À son bord, cent quarante-sept esclaves malgaches, hommes, femmes et enfants, s'entassent dans des conditions innommables. Portés par la volonté de retrouver leur liberté et leur île, ils parviennent à se libérer de leurs chaînes et à prendre le contrôle du vaisseau pour rebrousser chemin. Mais, trompés par leur méconnaissance de la mer et par l'équipage hollandais qui, chaque nuit, fait demi-tour vers leur destination d'origine, ils ne peuvent éviter le naufrage...

(Pays-Bas, 2010, 52mn)
ARTE F

 


Île Maurice : indignés... 1975 et 2011, deux mouvements dans l'air du temps ? Khal Torabully

Île Maurice : indignés... 1975 et 2011, deux mouvements dans l'air du temps ? Khal Torabully

Réflexions à la veille de la marche de la plate-forme "15000 jeunes pour sauver notre avenir".



Bref survol historique

Il est indéniable que les mouvements d'idées ou les bouleversements expérimentés ailleurs finissent par toucher les rives mauriciennes. Ce fut le cas pour mai 1968, qui arriva chez nous en 1975, et qui fit vaciller le gouvernement de Sir S. Ramgoolam, et déboucha sur l'éducation gratuite, après la mort de trois étudiants, si mes souvenirs sont exacts. Mouvement estudiantin qui popularisa le Mouvement Militant Mauricien (MMM), principal bénéficiaire de ce premier mouvement de contestation de jeunes qui bouleversa tout le pays. Aujourd'hui, deux mouvements ont précédé la marche des indignés qui se tiendra demain, samedi 10 septembre.
Le premier, tout le monde le garde bien présent en tête au vu des événements en Libye et Syrie. Ce sont les révolutions arabes. Elles ont inspiré les rassemblements en Europe, notamment chez les jeunes menacés par la précarité et l'exclusion. Ce sont les mouvements de protestation des indignés, notamment en Espagne et en Grèce, maintenant en Italie et timidement, en France. Ces deux mouvements ont été initiés sur les réseaux sociaux, surtout sur Facebook, comme tout un chacun le sait. L'Égypte et la Tunisie ont ouvert la voie pour ce mode de révolte inédit engageant un peuple, se propageant à la vitesse de l'éclair sur la toile du net. L'utilisation de cet outil surnommé "numérique 2.0" laisse entendre qu'elle est le fait d'une jeunesse de l'âge informatique et du téléphone portable, maniant textos, Twitter et Youtube avec dextérité, à tel point que le gouvernement de Ben Ali infitrait les réseaux sociaux et Moubarak, fait unique dans un pays du vingt-et-unième siècle, a coupé l'accès au réseau internet pour les neuf-dixième des 23 millions d'internautes du pays des pharaons Ce qui démontre à foison l'incapacité de contrôler ce mode de contestation "virtuelle". L'on a même vu, sentant que la lutte anti- net était vaine, les hommes de Moubarak commencer la guerre du net en appelant à la délation par des sms et investissant les nouvelles technologies pour promouvoir la propagande du régime par les réseaux sociaux… Plus net que ça, tu meurs ! En tout cas, nul ne saurait négliger le rôle mobilisateur des réseaux numériques… Cela fut compris trop tard par les tyrans, le sang avait coulé et le peuple était debout. Ces mouvements, essentiellement jeunes expliquent le fait que la presse française avait surnommé la révolution égyptienne le "mai-68 arabe", pour pointer du doigt le décalage explosif entre la jeunesse et sa caste dirigeante.


Le contexte actuel à Maurice

L'actuel mouvement du " numérique 2.0", qui confronte le gouvernement de Navin Ramgoolam, le premier ministre mauricien bien fragilisé après la démission de trois ministres du Mouvement Socialiste Mauricien, son allié électoral et gouvernemental, se retrouve peut-être au seuil d'un mouvement de contestation d'ampleur. L'avenir dira s'il fera vaciller son gouvernement travailliste affaibli par une mésalliance politique et des affaires de corruption, dont l'affaire Medpoint, cette clinique vendue au-dessus de sa valeur et dans des conditions à élucider, au gouvernement, ne serait que la partie visible de l'iceberg, selon les "nouvelles" du même net… En 1975, la jeunesse sans internet et réseaux sociaux était inspirée par des idéaux de générosité et de changements de société influencés par les mots d'ordre de mai 68, qui voulait rompre avec les hiérarchies des sociétés traditionnelles et patriarcales. Et, je me souviens très bien, les jeunes demandaient, dans un très grand élan de solidarité sociale, essentiellement, l'éducation gratuite, et déjà, la fin du népotisme. Il y avait une sorte de fronde générationnelle sous-tendue par un mouvement de contestation de classes, je dirai, d'un début de prise de conscience de classes sociales dans un pays tout frais sorti de l'indépendance de 1968 (année de la contestation en France) et très marqué par des adhésions ethniques et religieuses, dans une nation à inventer, et que la classe politique a menée à son agenda propre.
En 2011, le mouvement veut aussi rompre avec une société dominée par la classe politique répétant les cassures gouvernementales comme s'il s'agissait d'un exercice de gouvernement incontournable, dont la gravité se mesure actuellement au sein de la crise économique et financière internationale. C'est dire que les Mauriciens n'avaient pas besoin de cette quasi double crise. La classe politique, plus que jamais, est empêtrée dans des affaires de corruption, dans l'incapacité d'instaurer une décommunalisation des esprits et d'instaurer une société mauricienne décomplexée face aux défis de la mondialisation, avec une méritocratie maintes fois promise et toujours renvoyée aux calendes grecques (trait d'humour bien involontaire, croyez-le)…. Il est significatif que l'auteur du programme des indignés mauriciens (1), Noor Adam Essack, a aussi connu la révolte estudiantine de 1974, fille du mai 68 estudiantin français, ce qui assure une continuité dans la contestation, et que l'instigateur de la fronde, Jameel Peerally, soit un réalisateur, un homme d'images qui a dérouté plus d'un à Maurice. Ce dernier avait réalisé Paradi an dey, un film iconoclaste sur la drogue qui lui avait valu des tracasseries de la part des autorités mauriciennes. Les initiateurs du mouvement savent certainement que ce ne sont pas les réseaux qui font les révolutions, comme l'ont démontré les révolutions arabes. Mais une résolution, une mise en action des idées de changement sur les terrains politiques et sociaux. C'est avant tout la capacité de concrétiser un profond désarroi d'une société et un besoin viscéral de changement qui ont mené à l'immolation par le feu en Tunisie et l'occupation sur la place Tahrir en Égypte. Et concrétise une mobilisation et une levée de boucliers durable dans ces deux pays, avec le sang du peuple vers sur l'échafaud des tyrans, avec les résultats encore mitigés que l'on sait. Chacun peut saluer le courage et la détermination des peuples arabes pour leur liberté, en dépit des changements encore à impulser au sein de la Tunisie et l'Égypte.


Fait-on de la politique ou non ?

Revenons à Maurice. Peerally a tiré la sonnette d'alarme aujourd'hui en disant que des tentatives de récupération politique se manifestaient à l'égard de leur mouvement citoyen. Cela ne saurait étonner et c'est de bonne guerre, comme ce fut le cas par le MMM en 1975, qui avait surfé sur la vague de mécontentement de la jeunesse qui souhaitait plus d'égalité sociale, et déjà, la fin du népotisme, comme énoncé plus haut, mot qui avait fait son entrée dans la conscience des jeunes mauriciens d'alors. Le mouvement de contestation est par nature politique, quel que soit le sens que l'on donne à ce terme. Aussi, le danger qui guette ce mouvement du "numérique 2.0" serait l'absence d'une conscience et d'une prise en charge politique du mécontentement actuel au pays. Certains se posent la question de savoir si le mouvement est aussi apolitique qu'il le dit. En effet, l'on sait qu'un membre en vue du mouvement numérique, Maître Nilen Vencadasmy, homme de loi est affilié à un groupe politique, Resistans ek Alternativ. Le mouvement est aussi rejoint par Ashok Subron, fondateur du même groupe. Cela est souligné par de nombreux internautes. De même que la lutte, bien fondée d'ailleurs, de Resistans ek Alternativcontre le communalisme, qui semble être le credo du mouvement numérique actuel. Aussi, quand le mouvement se réclame d'être apolitique, des interrogations peuvent légitimement surgir. Surtout que, dans le contexte actuel de la fragilisation du gouvernement de Navin Ramgoolam, on ne saurait minimiser la portée politique de cette "plate-forme" qui dit vouloir discuter avec les politiciens pour faire passer leurs idées, tout en écartant des récupérations d'un parti bien établi. Donc son but est de peser sur la politique, et faire passer des idées pour que le pouvoir puisse entendre le rejet de la politique traditionnelle par un segment générationnel de la population. Son but n'est donc pas d'en finir avec le régime actuel, mais de lui dire qu'une autre prise de conscience POLITIQUE est en train de naître chez les citoyens qui en ont assez de la politique de grand-père/grand-mère, des palabres incessantes alors que les aspirations du pays en sont tout autres. Et qu'ils veulent d'une autre façon de faire de la politique. Je prends là le risque d'interpréter un message, si je puis dire, subliminal de ce mouvement, son message en filigrane, car j'y perçois un désir de redéfinir même les bases de la société mauricienne telles que le politique les a assises depuis l'indépendance. Le programme le dit obliquement en mettant l'accent sur la méritocratie et la justice sociale, l'égalité de traitement etc. La question qui se pose est : les insurgés du net réussiront-ils à faire passer dans la culture politique mauricienne ce que d'aucuns pensent tout bas, c'est-à-dire, une décommunalisation de la démocratie arc-en-ciel ?


Le nombre, un argument pour peser sur la politique mauricienne ?

À moins de faire preuve d'une courte vue ou d'une naïveté à toute épreuve, la portée politique de la "plateforme numérique" est bien d'influencer la politique mauricienne. Comment pose-t-il son défi au gouvernement ? Quand je parle du "mouvement numérique", je le fais à bon escient, car en plus d'être partis du net, les chefs de file de la contestation voulaient arriver à un quantum numérique - le chiffre de 15,000 indignés a été choisi par eux (2) - afin de montrer au pouvoir actuel que ce nombre suffit à légitimer ce mouvement anti-corruption et de ras-le-bol général, et peut représenter un mouvement citoyen alternatif et politique, pouvant peser sur les choix des urnes, surtout que d'aucuns pensent que des élections anticipées sont possibles à Maurice après la démission des trois ministres du MSM, l'ancien allié du gouvernement de Navin Ramgoolam. L'internaute contestataire mauricien porte donc sur lui un rôle et des défis majeurs de la société mauricienne empêtrée dans ses maux persistants de communalisme et de scandales politiques à répétition : renouveler la culture politique, faire passer les idées avant les groupes socio-culturels et ethniques, dessiner une nouvelle citoyenneté politique, faire de sorte que le réseautage transcommunautaire puisse renouveler le sens même du politique à Maurice, coincé depuis son indépendance en de savantes équations et dosages communautaristes. La symbolique, je le pense, si le mouvement réussit et se pérennise, est de faire sauter cet étau qui ne cesse d'empoisonner l'identité mauricienne et une citoyenneté mature, de se débarrasser des soupçons qui entachent la "nation arc-en-ciel" dont la diversité, souvent mise en avant pour promouvoir le pays à l'étranger, peut aussi être le champ de manipulations politiques multiples. Le nombre de 15 000 comporte pour moi cette pré-équation, et l'émergence d'une politique transethnique et transculturelle peut-être située dans le mouvement en marche.


Les possibles espoirs de demain

La police, on le sait, il y a deux jours, a autorisé cette marche pacifique. Et c'est tout à l'honneur de la démocratie mauricienne. Déjà, je signale un fait, et c'est un bon signe de santé pour ce petit pays qui s'est targué d'être une cyber-île, pour reprendre la terminologie (aujourd'hui teintée d'une certaine ironie de l'Histoire) du gouvernement en place : la télévision nationale a couvert une conférence de presse du mouvement hier, et a diffusé son appel au pays à se retrouver le 10 septembre à Port-Louis, chose encore impensable dans les autres pays, arabes ou européens : une télévision quasiment étatique relayant le mot d'ordre d'un rassemblement contestataire… On sait qu'Al-Jazzerah avait fini par être complémentaire de la rue arabe en relayant les twitters ou des films tournés par des portables, pour reprendre un certain terrain perdu au numérique 2.0, mais Al-Jazzerah n'était pas un organe médiatique quasiment officiel… La vraie révolution n'est pas virtuelle, mais je pense que le net peut rallumer une flamme nécessaire dans le cœur d'une génération qui a besoin de se projeter hors des gangues. Et ce début pourra gagner en contenu dans la société civile, qui pourra réinventer l'enchantement en politique, surtout auprès des jeunes ballottés entre milles toiles du Web et une anomie sociale grandissante. Ce désarroi face au politique était déjà perceptible lors des élections de mai 2010 à Maurice. Dans un article écrit et paru le soir des résultats, j'observais une nouvelle perception politique au vu de l'utilisation de Facebook et des textos : "Les résultats de ces élections, avec ces éléments surprenants, indiqueraient aussi une nouvelle façon de voir la politique à Maurice, due essentiellement au rajeunissement de l'électorat. Les jeunes pourraient voir la politique davantage sous l'aune des enjeux réels, connaissant la globalisation et les nouveaux moyens de communications. Donc, ils s'éloigneraient d'une façon traditionnelle de faire de la politique au pays. J'ai pu constater de visu que les pollutions visuelles du passé, banderoles sur les routes, affichages sauvages… ont considérablement diminué. Par contre j'ai eu des messages avec des vidéos des candidats sur Facebook, des sms circulaient (colportant les nouvelles rumeurs pour affaiblir l'adversaire, souvent à connotations sectaires et racistes, car cette fibre est encore très sensible à Maurice)" (3). Et si ce mouvement du "numérique 2.0" entamait demain une vraie révolution, rendant possible une nouvelle culture politique, ouvrant au pays la possibilité de penser le contenu politique et économique de cette petite démocratie ancrée dans l'océan Indien d'une façon plus moderne ? Une question est bien là pour tous : parlerons-nous, demain, d'un vrai printemps mauricien sous les cieux brouillés d'un pays encore à la recherche d'une identité vraiment nationale ? Et ce, grâce au "web 2.0", ce web où chacun participe à l'élaboration d'une prise de conscience et d'une action nées d'un partage de contenus par Facebook ? Affaire à suivre, sur le terrain, demain…

Khal Torabully




(1) Voici des éléments de ce programme en 20 points :
"Nous prônons une économie solidaire et égalitaire qui inclut tous les citoyens sans distinction aucune" ;
"Nous voulons qu'on célèbre notre diversité culturelle plutôt que de l'utiliser pour nous diviser" ;
"L'arrêt des subventions aux groupes religieux et sectaires" ;
"Un meilleur accès aux soins médicaux" ;
"La présence et culture des valeurs éthiques à tous les niveaux"...
(2) La plateforme se nomme "Wanted : 15,000 jeunes pour sauver notre avenir". Voir son programme en ligne : socialmedia-mauritius. com/.../wanted-15000-youngsters-the-manifest/
(3) Lire tout l'article [sur le lien suivant]

Maurice, 9 septembre 2011.

(1) Voici des éléments de ce programme en 20 points :
"Nous prônons une économie solidaire et égalitaire qui inclut tous les citoyens sans distinction aucune" ;
"Nous voulons qu'on célèbre notre diversité culturelle plutôt que de l'utiliser pour nous diviser" ;
"L'arrêt des subventions aux groupes religieux et sectaires" ;
"Un meilleur accès aux soins médicaux" ;
"La présence et culture des valeurs éthiques à tous les niveaux"...
(2) La plateforme se nomme "Wanted : 15,000 jeunes pour sauver notre avenir". Voir son programme en ligne : socialmedia-mauritius. com/.../wanted-15000-youngsters-the-manifest/
(3) Lire tout l'article [sur le lien suivant]

Maurice, 9 septembre 2011.

Histoire de France: Fillion/Joly/Côte d'Ivoire: tradition de mépris et de confiscation des luttes menées par le peuple

Histoire de France: Fillion/Joly/Côte d'Ivoire: tradition de mépris et de confiscation des luttes menées par le peuple

Paris, le 17 juillet 2011

Madame Eva Joly, candidate écologiste à la prochaine élection présidentielle française de 2012, a proposé de faire du 14 juillet un "défilé citoyen" au lieu d'un "défilé militaire".

Alors qu'il était en Côte d'Ivoire, le Premier Ministre Français, François Fillion, a réagi en ces termes:
"Cette dame n'a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l'histoire française; les forces armées françaises concourent au bon fonctionnement de la démocratie dans notre pays, et c'est normal de leur rendre hommage et je vous dis que vraiment je crois qu'il y a bien peu de Français qui partagent l'avis de madame Joly".

Cette réaction du Premier Ministre Français est symptomatique,  d'une part d'une certaine tradition politique en France de mépris et de confiscation par les élites des luttes de libération menées par le peuple, d'autre part d'une tradition d'ingérence militaire à l'étranger:

Tradition de mépris et de confiscation des luttes de libération menées par les citoyens:
La Révolution Française telle qu'enseignée dans les écoles françaises n'est pas une révolution des forces armées pour la démocratie; c'est plutôt l'inverse, c'est la révolution du peuple Français contre ceux qui les maintenaient soumis par la force et par la peur pour mieux les exploiter.
Et le 14 juillet est censé célébrer cette révolution citoyenne contre des seigneurs méprisants, condescendants et nostalgiques de l'époque de la féodalité et du servage.

Force est de constater que la déclaration de Madame Joly fait plutôt preuve d'une meilleure connaissance et d'un respect pour l'autre tradition française, celle des citoyens ; citoyens qui ne veulent plus qu'on leur vole leurs nombreuses luttes de résistances.


Tradition d'ingérence militaire:

La presse a à juste titre considéré que c'était une attaque à la double nationalité de Madame Joly. 
Mais les journalistes n'ont pas souligné le caractère particulier de cette réaction du Ministre sur le sol de la Côte d'Ivoire.
En effet ceux qui ont suivi les évènements en Côte d'Ivoire se rappellent de la campagne médiatico-politique sur "l'Ivoirité" et des accusations de xénophobie lancées par une certaine classe française contre ceux qui n'étaient pas favorables à la candidature d'Alassane Ouattara à la présidentielle ivoirienne. Ce dernier a bénéficié d'un soutien militaire français total au détriment de la vie de centaines d'Ivoiriens.
Où l'on comprend qu'il ne s'agit point d'un problème de double nationalité, mais plutôt d'un problème d'allégeance ou non à une certaine idéologie favorable à une conception coloniale des relations avec l'Afrique.

Mais une des questions qui mérite d'être posée à l'occasion d'une élection présidentielle est plutôt celle-là : le candidat fait-il allégeance au peuple, ou fait-il allégeance à une puissance étrangère au détriment du peuple ?

Gilbert Léonard

ARCHIVES - Le Sénat américain présente des excuses pour l'esclavage et la ségrégation

 Le Sénat américain présente des excuses pour l'esclavage et la ségrégation

WASHINGTON — Cinq mois après l'entrée à la Maison-Blanche du premier président noir, Barack Obama, le Sénat des États-Unis a
formellement présenté des excuses jeudi, au nom du peuple américain, pour "l'esclavage et la ségrégation raciale" envers les Noirs
américains.

Cette résolution symbolique a été approuvée par acclamation, démocrates et républicains étant largement d'accord sur les termes du
texte.


La résolution devra être également être adoptée par la Chambre des représentants, mais ne requiert pas de signature du président Obama.

Elle intervient à la veille de la célébration annuelle de la fin de l'esclavage aux États-Unis en 1865, après la guerre de Sécession.
Le texte reconnaît "l'injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l'inhumanité de l'esclavage" et des lois ségrégationnistes connues
sous le nom de "lois Jim Crow" qui ont été abolies en 1964 par la loi sur les droits civiques, le "Civil Rights Act" qui interdit toute forme de discrimination dans les lieux publics.

Il présente des "excuses aux Noirs américains au nom du peuple américain, pour le mal qui leur été fait, ainsi qu'à leurs ancêtres
qui ont souffert de l'esclavage et des lois Jim Crow". En outre, le texte qui reprend les termes de la déclaration d'Indépendance des États-Unis du 4 juillet 1776 réclame un "nouvel engagement du Congrès au principe selon lequel tous les êtres sont créés égaux et avec des droits inaliénables à la vie, la liberté, et la poursuite du bonheur".

Toutefois, il stipule bien que le texte de la résolution ne peut servir de
"support à une plainte contre les Etats-Unis". D'ailleurs, le groupe des élus noirs de la Chambre des représentants, a exprimé ses "inquiétudes" sur cette dernière disposition.
"Alors que nous sommes fiers de cette résolution qui est attendue depuis  longtemps, un vrai travail reste à accomplir (...) pour créer de
meilleures opportunités pour tous les Américains. C'est véritablement le seul moyen de répondre à l'héritage de l'esclavage et de Jim Crow", a déclaré jeudi le sénateur Tom Harkin qui a introduit le projet de résolution.

Le sénateur républicain Sam Brownback a qualifié d'"historique" la résolution adoptée jeudi.

Par ailleurs, une cérémonie est prévue début juillet au Capitole, siège du Congrès, pour "marquer l'occasion", a assuré M. Harkin. Le
président Obama pourrait assister à cet événement. L'ancien président Bill Clinton avait exprimé ses "regrets" pour le rôle des Etats-Unis dans la traite des esclaves.

Le prédécesseur de Barack Obama, George W. Bush, avait qualifié l'esclavage de "l'un des plus grands crimes de l'Histoire", lors d'une
visite en juillet 2003 sur l'île de Gorée au Sénégal, lieu de mémoire de la traite des Noirs.
Certains États américains ont adopté de leur côté des résolutions regrettant l'esclavage.

En juillet 2008, la Chambre des représentants avait présenté ses excuses formelles une première fois au nom du gouvernement fédéral pour "la fondamentale injustice, la cruauté, la brutalité et l'inhumanité" de l'esclavage et de la ségrégation raciale les Noirs. Il s'agissait alors du premier repentir officiel.
Les premiers esclaves africains étaient arrivés en 1619 sur les côtes de la colonie britannique de Virginie (est) ce qui, comme le souligne la résolution, porte à 246 le nombres d'années d'esclavage dans l'histoire américaine.

L'esclavage n'a été officiellement aboli aux États-Unis qu'en 1865, dans le 13e amendement de la Constitution.

 

A LIRE AUSSI:ÉTATS-UNIS: La Floride s'excuse pour l'esclavage

A VOIR AUSSI:l'histoire des Noirs aux USA en 3 minutes (vidéo)

ARCHIVES - De la nécessité de bien connaître son histoire

De la nécessité de bien connaître son histoire

CRISE EN MARTINIQUE: ECLAIRAGE DE JULIETTE SMERALDA,SOCIOLOGUE/ECRIVAIN.

A LIRE ABSOLUMENT !

 

La Martinique de la fin des années 1600

 

« De bonne heure la situation de revendeur[1] aux îles parut avantageuse, tant en ce qui concerne les marchandises d’Europe que celles produites sur place. » (Delawarde).

 

De regrattier à distributeur : l’un perpétue l’autre 

 

Concernant le commerce intérieur « et particulièrement des échanges des produits alimentaires auxquels les petits cultivateurs sont seuls intéressés », « cette sorte de marchands appelés regrattiers eut un rôle néfaste pour la culture vivrière. Parasites à la fois du producteur et du consommateur, ils s’emparaient du marché pour le mener à leur guise ; pour empêcher que ne joue la fonction de l’offre et de la demande, ils envoyaient leurs esclaves acheter les vivres disponibles chez le vivrier ou sur son chemin avant qu’ils ne parviennent au marché, puis, détenant l’approvisionnement, ils imposaient leurs prix. Après l’abolition des taxes en 1670 – elles avaient déjà été établies contre les profits excessifs des marchands – les regrattiers qui fourmillaient à Saint-Pierre faisaient des bénéfices de 60 et 100 %. Ces abus furent interdits par un arrêté du 2 mai 1684, mais inefficacement malgré l’expulsion des Juifs qui n’étaient pas, loin de là, les seuls coupables de ce fait. Un marquis de Maintenon pratique l’accaparement entre autres fraudes ; les commis des négociants de la Métropole sont regrattiers de grande envergure et les aubergistes ou gargotiers, anciens engagés ou affranchis, le sont autant qu’ils peuvent. » (Delawarde, 81-82).

 

Principe du Pacte colonial :

La colonie « ne doit rien produire qui puisse diminuer ses achats » à la Métropole, principalement en produits manufacturés, même comestibles autant qu’il se pouvait. » (Delawarde, p. 86).

 

Et aujourd’hui ?

 

Ainsi, il a fallu qu’un Français-France réalise un documentaire sur les békés - qui enfonce des portes ouvertes et est versé dans le débat public au moment même où il s’agit de détourner l’attention des citoyens -, et que la question du racisme soit dévoilée par ceux-là mêmes qui n’en ont jamais rien ignoré, pour que les Martiniquais s’offusquent officiellement d’une situation vieille de quelques siècles, qu’ils tolèrent tous, d’une manière ou d’une autre ?

 

De deux choses l’une :

Ou bien les Martiniquais sont parqués dans leur île derrière des barreaux qui leur masque la réalité dans laquelle – et avec laquelle - ils vivent ou bien ils sont travaillés au corps et à l’esprit par ceux qui ont pour fonction de profiter du bon ordre colonial, et qui de ce fait le protègent, en mettant à l’index tous ceux qui entreprennent de pointer ce problème qui est au centre de la stagnation de notre société ; ou bien ils sont d’un aveuglement qui dépasse l’entendement.

 

Que ce qu’il est convenu d’appeler la « communauté béké » s’émeuve de l’émoi des « autres » Martiniquais interroge nécessairement : chez ces Martiniquais-là, tout comme chez les « autres », le racisme de leurs compatriotes qui a ses racines dans l’esclavage et dans la colonisation n’a jamais été dénoncé, pas plus qu’il ne l’a été par la société dans son ensemble. Au lieu de cela, ceux qui dénoncent ce racisme intolérable sont regardés comme des pestiférés qu’il faut tenir à l’écart, par peur de la contamination.

Si bien que le racisme sournois qui ronge notre société continue à faire les choux gras de ceux au profit desquels il s’est institué et s’entretient encore. Que l’on ne joue donc pas aux vierges effarouchées lorsque l’on a soutiré – de part et d’autre – ce phénomène délétère et pernicieux, qui constitue l’un des plus puissants facteurs de blocage de notre société.

 

Aujourd’hui, les Martiniquais semblent donc découvrir les véritables raisons pour lesquelles l’une des composantes de leur société vit retranchée et les freins que cette situation cause à l’ensemble de la dynamique sociétale et économique – et donc fondamentalement aux modalités mêmes du Vivre Ensemble. Au grand dam de tous ceux qui prêchent le devenu et le métissage à tous crins, au risque de passer à côté de la dynamique de fond d’une société dont on croit saisir la personnalité sans l’étudier, se contentant de la regarder en surface en prenant l’affiché pour l’étant.

 

Békés et non békés sont tous complices de cette situation à laquelle il faut mettre fin pour oxygéner notre société, et lui donner ainsi une chance de se remettre de ce mal qui la ronge, soi-disant secrètement. Grâce à ce second souffle, elle aura les moyens de constituer cette entité véritablement plurale dont on nous rebat les oreilles, mais qui reste purement virtuelle ; pure vue de l’esprit, car rien, mais rien n’est mis en œuvre pour que cesse la dictature de la monochromie, et par voie de fait, toutes les discriminations générées autant par l’État lui-même, à travers l’imposition d’un corps de fonctionnaires monochrome ; par les békés qui entretiennent des pratiques aux relents d’habitation et par des Français nouvellement installés qui pratiquent la préférence raciale en toute impunité, excluant de manière de plus en plus ouverte les Martiniquais de leur environnement naturel pourtant peuplé à 90 % de Noirs et de Métis. Comment comprendre que dans un tel rapport de population, la mobilité monochromatique, la préférence monochromatique, l’emploi monochromatique, les privilèges monochromatiques  aient la vie si dure ? Que tout cela s’affiche sans craindre de meurtrir ceux qui en sont les laissés-pour-compte ? Que font – ou que ne font pas - les décideurs, les élites, les détenteurs du pouvoir symbolique et du pouvoir économique pour lutter contre tant d’archaïsmes et contre toutes les formes d’exclusions qu’ils génèrent?

 

Pour le reste, nous sommes tous responsables du racisme des nôtres, tant que nous ne le combattons pas.

 

Du pacte colonial à la société moderne

 

Saisissons l’opportunité historique qui se présente à nous pour sortir de l’hypocrisie et de la lâcheté légendaires dans laquelle nous vivons.

Car notre société se meurt bel et bien ! Et-ce cela que nous voulons ? Aller à l’implosion et à l’irréversible à cause de postures totalement et irresponsablement égoïstes ?

Si c’est le cas, alors enfermons-nous dans notre hypocrisie et laissons mourir notre société de sa belle mort, car les conditions dans lesquelles elle est née préfigurent sa disparition. À moins que les hommes et les femmes de bonne volonté qu’elle a sécrétés décident de se retrousser les manches, d’en finir avec les atermoiements, pour se mettre au travail ! Il y a tant à faire ! Et à ceux qui ne jouent que sur la manipulation – par le soudoiement, dans l’ombre, et par l’invention des théories pseudo-sociales, les plus improbables, viables uniquement dans les sociétés « tchololos » peuplées de demeurés qui ne comprennent rien à rien  – l’on demandera de traiter cette société-ci et ceux qui l’habitent avec un peu de respect. Il est temps que ces manipulateurs se rendent compte que beaucoup de ceux dont on doutait des compétences intellectuelles en ont justement et que les inégalités que sont destinées à cacher de trop mesquines stratégies de diversion ne sauraient s’éterniser, parce qu’elles ne passent absolument plus inaperçues.

À ceux qui se sont institués en grands esprits, en cerveaux et en intelligences suprêmes de donner l’exemple !

 

Pour sortir du Pacte colonial et construire une société complète, asseyons-nous, pluriel, autour d’une table, pour définir les structures de la société moderne que nous voulons bâtir ensemble. Cela demandera que nous sortions des postures de gestionnaires de la colonie dans laquelle nous sommes installés.

 

Petit rappel : je n’hésite pas à faire une entorse au code du savoir-vivre pour signaler qu’en 2002, un ouvrage intitulé La racisation des relations intergroupes ou la problématique de la couleur… a été publié qui passe au peigne fin, dans l’un de ses chapitres, le rapport que la communauté békée entretien à la race et à l’économique dans la société martiniquaise. Le documentaire de Canal+ ne fait que mettre des images sur des analyses que de trop complaisantes élites avaient jugé excessives…

 

 

 

Juliette sméralda

Sociologue

 

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ARCHIVES - GUADELOUPE: Quatre siècles d'incompréhensions

Un manifestant, le 17 février, à Fort-de-France.GUADELOUPE: Quatre siècles d'incompréhensions

Colons", "esclavage", "économie de comptoir"... Ces expressions, qui semblent surgies d'un passé lointain, reviennent sans cesse dans les discours des différents acteurs du conflit qui paralyse depuis plusieurs semaines la Guadeloupe, et a progressivement gagné la Martinique. Vu de métropole, leur emploi ne peut que surprendre. Car enfin, les DOM sont des départements - presque - comme les autres, leurs habitants sont des Français à part entière et la solidarité nationale joue à plein...

 

AFP/JEAN-MICHEL ANDRE

Un manifestant, le 17 février, à Fort-de-France.

Les Antilles s'embrasent, et semblent une fois de plus hantées par leur passé. Ce fait surprend d'autant plus que leur histoire est très mal connue en métropole. Or, pour bien comprendre ce qui se joue actuellement en Guadeloupe, il importe de remonter longtemps en arrière. Car les anciennes colonies des Antilles françaises ont un héritage particulier, qui pèse lourdement sur leur physionomie actuelle. Et leurs relations avec la France "continentale" n'ont jamais été simples.

C'est en 1635 que les premiers colons français s'installent en Guadeloupe et en Martinique. La culture de la canne à sucre, très lucrative, s'y développe rapidement. Comme celle-ci nécessite une main d'oeuvre abondante, les planteurs ont bientôt recours à l'achat d'esclaves venus d'Afrique noire. Les sociétés esclavagistes se mettent en place : on estime que quatre millions de personnes ont connu l'esclavage dans les colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion, Saint-Domingue...). Deux millions d'esclaves naîtront dans les colonies. Les autres seront victimes de la traite atlantique.

Les relations commerciales avec la métropole sont alors régies par le système dit de "l'exclusif" : théoriquement, les navires français ont le monopole du commerce avec les colonies. Ce système sans cesse contourné, qui scandalise les colons, n'empêche pas la constitution sur place d'importantes fortunes, bâties sur l'exploitation des plantations. Mais il constitue aussi une inestimable rente de situation pour les marins et les ports français, qui en tirent de copieux bénéfices. Et contribue à installer les colonies dans une dépendance vis-à-vis de la métropole, dont elles ne sont jamais réellement sorties.

Les sociétés esclavagistes sont des organisations particulièrement instables. Les planteurs européens, en grande infériorité numérique (à la fin du XVIIIe siècle, on compte en moyenne 112 esclaves par plantation en Guadeloupe et en Martinique), vivent dans la hantise permanente d'un soulèvement, et font donc régner une discipline de fer. Un Code Noir, censé réglementer l'oppression, est édicté en 1685 sous l'égide de Colbert. Il ne sera jamais appliqué. Dans les plantations, les esclaves sont soumis à l'arbitraire.

La peur est permanente, du côté des esclaves comme de celui des maîtres. Ceux-ci craignent plus que tout la classe émergente des "libres de couleur", ces métis ou affranchis, souvent propriétaires d'esclaves, qui réclament l'égalité des droits et sont soupçonnés de visées abolitionnistes. Au XVIIIe siècle, les colonies verront l'affirmation du "préjugé de couleur", justification idéologique d'une hiérarchie sociale fondée sur la couleur de peau appelée à une sombre postérité.

La Révolution française arrive en plein apogée des colonies esclavagistes. Elle aura une influence décisive sur leur destin : malgré les efforts d'un puissant lobby, le Club de Massiac, la cause abolitionniste, défendue entre autres par la Société des amis des Noirs, progresse. Dans l'élan de 1789, la révolution de Saint-Domingue, menée par Toussaint Louverture, éclate en 1791. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention décrète l'abolition de l'esclavage.

Cette décision ne sera effective qu'en Guadeloupe et à Saint-Domingue. En effet, les colons de Martinique ont choisi de se rallier à la Couronne britannique plutôt que d'abolir l'esclavage. Ils restent ainsi à l'abri des convulsions révolutionnaires, alors qu'en Guadeloupe, Victor Hugues, commissaire de la République, fait exécuter nombre de contre-révolutionnaires, décimant la classe des propriétaires.

Napoléon Bonaparte décide de rétablir l'esclavage, en 1802. Ce choix catastrophique mènera à la perte de Saint-Domingue (devenue république d'Haïti, le 1er janvier 1804) et à une répression sanglante en Guadeloupe. A l'aube du XIXe siècle, la Martinique reste relativement prospère, tandis que la Guadeloupe est exsangue. Une bonne partie des structures de production guadeloupéennes passeront aux mains de "békés" Martiniquais. Sans doute ce bouleversement régional explique-t-il pour beaucoup les tensions et les différences sociales qu'on peut observer aujourd'hui encore entre les deux îles.

La première moitié du XIXe siècle sera principalement marquée par le combat pour l'abolition. Malgré les protestations des planteurs, celle-ci est devenue inéluctable. Le 27 avril 1848, la IIe République met fin, définitivement cette fois-ci, à l'esclavage. Mais, par peur des troubles (le souvenir de l'insurrection de Saint-Domingue est encore vif), Paris fait le choix - économiquement désastreux - d'en perpétuer les fondations : maintien d'un régime proche de l'exclusif, choix réaffirmé de la monoculture sucrière. Il ne faut surtout pas que les Antilles soient autosuffisantes.

Sur place, il s'agit d'encadrer strictement la liberté nouvelle des anciens esclaves, souvent remplacés par des travailleurs "contractuels", venus d'Inde ou d'Afrique, travaillant pour des salaires de misère dans des conditions proches de la servitude.

Certes, les anciens esclaves obtiennent le droit de vote, en même temps que la liberté. Mais les taux de participation aux élections s'effondrent rapidement, passant de 70 % à 11 % entre 1848 et 1871, et l'instruction publique reste longtemps indigente. A la fin du XIXe siècle, le taux de scolarisation des enfants de 6 à 10 ans est de 14 %. "Une main-d'oeuvre peu coûteuse, disciplinée, très encadrée, aux droits civiques limités, peu scolarisée, économe et consommatrice : tel fut le modèle idéal du nouveau citoyen colonial", résume l'historienne Nelly Schmidt, auteur d'un récent essai sur la politique coloniale de la France aux Antilles, La France a-t-elle aboli l'esclavage ? (Perrin, 364 p., 22 euros).

Tandis que les Antilles, jadis florissantes, s'enfoncent dans le sous-développement, les populations locales sont incitées à oublier les horreurs du passé, à travers les appels à la réconciliation et le culte de Victor Schoelcher (1804-1893), artisan de l'abolition. Privée d'expression publique, la mémoire de l'esclavage se perpétue souterrainement. Sans doute est-ce pour cela qu'elle resurgit violemment à partir du milieu du XXe siècle. Et plus précisément après 1946, date capitale dans l'histoire des Antilles françaises, qui accèdent cette année-là au rang de départements.

Vieille revendication d'une gauche fidèle à l'idéal "assimilationniste", la départementalisation apparaît alors comme le geste généreux d'une France émancipatrice désireuse de transformer les petits-fils d'esclaves en citoyens français. Mais l'"assimilation" politique ne s'accompagne pas d'une véritable émancipation économique et sociale. Economiquement, les Antilles françaises sont maintenues dans une dépendance totale vis-à-vis de la métropole. Quant aux structures sociales, elles ne sont pas fondamentalement remises en cause.

Au fil des années, l'idée que la départementalisation est un "échec" gagne du terrain aux Antilles. Significative est, de ce point de vue, l'évolution d'un Aimé Césaire (1913-2008). Invité par Le Monde, en mai 1971, à dresser le bilan de la loi de 1946, dont il avait été le rapporteur devant l'Assemblée nationale, le député et maire de Fort-de-France ne cache pas son amertume : "En 1946, nous avons rêvé d'une France généreuse (...). La départementalisation, pour nous, devait être l'égalité des droits. Elle ne le fut pas. Le nouveau système est devenu encore plus colonialiste que l'ancien. Peu à peu, il a secrété ses privilégiés : ceux qui vivent de lui, les fonctionnaires, les grosses sociétés, le "lobby" antillais qui pèse sur le pouvoir."

Si le poète martiniquais, ancien partisan de l'"intégration", en vient à se faire le chantre de l'"autonomie", d'autres iront jusqu'à réclamer l'indépendance. Apparue dans l'entre-deux-guerres, la nébuleuse indépendantiste ne se constitue toutefois en force structurée que dans les années 1960. A l'instar du GONG (Groupement des organisations nationalistes guadeloupéennes), dont la fondation en 1963 s'inscrit dans un contexte régional porteur : arrivée au pouvoir de Fidel Castro à Cuba en 1959, publication par le psychiatre martiniquais Frantz Fanon des Damnés de la terre, devenu dès sa sortie en 1961 l'un des principaux bréviaires de la pensée anticolonialiste ; émancipation des Antilles britanniques, dès 1962 pour la Jamaïque et Trinité-et-Tobago.

Politiquement instables, économiquement fragilisées par l'inexorable déclin de la canne à sucre, touchées par un chômage endémique, les Antilles françaises semblent incapables de digérer quatre siècles de malentendus avec la métropole. Quitte à rejouer, à intervalles réguliers, le même scénario tragique : 14 février 1952, trois mois de grève dans le secteur sucrier, répression par les CRS, 4 morts et 14 blessés au Moule ; 26 mai 1967, grève dans le bâtiment, émeutes à Pointe-à-Pitre, intervention de la police, officiellement 7 morts (on parle aujourd'hui de 87 victimes) ; 24 mars 1971, violentes échauffourées à Basse-Terre, après trois mois de grève générale... "La France généreuse n'a fait que panser les blessures causées par un système qu'elle a laissé survivre", notait à l'époque l'envoyé spécial du Monde, Noël-Jean Bergeroux. Trente-huit ans plus tard, l'analyse semble encore étrangement pertinente.

Jérôme Gautheret et Thomas Wieder

ARCHIVES - 1848/2008: 160 ans après,la Guadeloupe s'offre son lieux de mémoire.

1848/2008: 160 ans après,la Guadeloupe s'offre son lieux de mémoire.

La commémoration du 160e anniversaire de l'esclavage a été couronnée par la pose de la première pierre du Mémorial ACTe.

La journée de commémoration du 27 mai 1848 a été émaillée par deux temps forts sous un soleil des plus radieux: d'abord , la marche organisée du Mur symbolique de Gorée par le Comité international du peuple Noir (CIPN), présidé par Luc Reinette, ensuite la pose de la première pierre du Mémorial ACTe, à la friche de Darboussier.

Longue marche de l'aéroport international à Darboussier, en passant par le boulevard des Héros et un hommage aux statues de DELGRES, SOLITUDE et IGNACE. Puis la traversée de Pointe- à- pitre jusqu'a la Darse, où le CIPN et l'association de la communauté indienne, présidée par Elieze Sitcharn, ont dévoilé la maquette d'un monument symbolique à la gloire des premiers indiens arrivés en Guadeloupe en Décembre 1854.

Victorin Lurel ,président du conseil régional,jacques Gillot,président du conseil général,et Emmanuel Berthier,préfet de région ont scellé avec du ciment la première pierre ramenée du Mur de Gorée, à l'emplacement où le Mémorial ACTe sera érigée. Il coûtera 45 millions d'euros et les travaux devraient s'achever en 2010.

Une jonction entre les deux lieux de mémoire.

La friche de Darboussier,fleuron de l'industrie sucrière, est désormais un haut-lieu de la mémoire de la Guadeloupe et de ses différentes composantes ethniques. Luc Reinette a exhumé une pierre qui avait servi pour construire le Mur de Gorée pour l'amener à Darboussier et ainsi faire la jonction entre les deux lieux de mémoires. A chaque station le long du boulevard des Grands hommes, les Guadeloupéens qui ont voulu participer à cet acte fondamental ont suivi le cortège, qui est parti de l'aéroport, pour passer à l'intérieur des terres avant de s'arrêter devant la statue de Delgrès, lui faisant une sorte d'offrande de cette pierre hautement symbolique qui avait été mise en terre en 1998. Et qui allait rejoindre les plaques qui ont été scellés à Darboussier pour préparer les travaux du Mémorial ACTe.

Le long cortège a honoré Solitude(la résistante)et Ignace (un homme debout). Au niveau de la darse, des documents, des contrats de travail, ont été remis à Luc Reinette par un représentant des peuples du Congo et par Eliezer Sitcharn pour les indiens. Jean-françois Niort ,du groupe de recherches en histoire du droit et des institutions d'outre-mer (GREHDIOM), a remis la copie d'un arrêté oublié de Napoléon Bonaparte, signé le 16 juillet 1802, rétablissant l'esclavage en Guadeloupe. Un arrêté considéré illégal, jamais publié en France métropolitaine.

Jacques Bangou, maire de Pointe-à-pitre a salué ce haut-lieu de mémoire,soulignant que cette partie sud de Pointe-à-pitre est aussi un lieu de reconquête culturelle. Il a eu une pensée pour l'ancien maire de Pointe-à-pitre, le DR Henri Bangou,et félicité Victorin Lurel pour son audace et son courage.

NDLR: A noter la présence d'une délégation Martiniquaise avec à sa tête Garsin Malsa maire de la commune de Saint-Anne venue spécialement pour l'occasion. 

>>> L'évènement en Photos dans notre galerie <<<

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ARCHIVES - LE TOUT PREMIER FILM FRANCAIS SUR L'ESCLAVAGE

LE TOUT PREMIER FILM FRANCAIS SUR L'ESCLAVAGE

A l'occasion des commémorations de 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage
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Le tout premier film français sur l'esclavage 

 A SAVOIR:

22 MAI 1848 abolition de l'esclavage en Martinique

27 MAI 1848  abolition de l'esclavage en Guadeloupe

10 JUIN 1848 abolition de l'esclavage en Guyane.


A l'occasion des commémorations de 160ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage
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Le tout premier film français sur l'esclavage 
 

La montagne est verte (2ème partie)

La montagne est verte (3ème partie)


 
IL S'AGIT D'UN DOCUMENTAIRE DE JEAN LEHERISSEY TOURNE EN 1950 A PARIS ET A FORT-DE-FRANCE SUR LE RÔLE DE VICTOR SCHOELCHER ET DES ESCLAVES A LA LIBERATION EN 1848.

ARCHIVES - LINDON JOHNSON ET SCHOELCHER MÊME COMBAT

LINDON JOHNSON ET SCHOELCHER MÊME COMBAT

Qu'est ce qui pourrait rassembler Lyndon Johnson et Victor Schoelcher au-delà de leur appartenance à la race blanche  ? C'est la question qui a jailli de mon esprit après avoir lu les propos tenus par l'une des ex-premières dames qui a remporté la palme de femme la plus humiliée et cocufiée par son mari, pourtant pour des gens appartenant à une civilisation qui fustige la polygamie et se pose en parangon de la vertu et des valeurs. Ce n'est pas le sujet ici, nous en reparlerons bien un jour.

En déclarant, je cite : "Le rêve du docteur King a commencé à se réaliser quand le président Lyndon Johnson a passé la loi sur les droits civiques en 1964 (...) Il a fallu un président pour le faire", Mme Clinton rappelait tout simplement une idée bien assise, un principe légendaire et mythologique, "une vérité"  admise chez tous les occidentaux et qui permet d'entretenir d'un côté le mythe du blanc bienfaiteur et compatissant et d'autre part le mythe du Noir qui n'aboutit à rien sans l'aide du blanc.

Sur le plan étasunien, les propos de cette dame dévoilent une autre vérité que l'on impose à l'inconscient collectif universel à coups de renforts médiatiques à savoir: Que les états-unis avaient été une terre vierge, que la main travailleuse et bienfaitrice blanche a transformés, ce qui fait d'eux les autochtones de ce continent. Mais nous ne le soulignons pas assez, ceux qui sont dans cette prétention occultent le fait que leurs ancêtres ont systématiquement massacré les vrais propriétaires de ces terres, en ont massacré et déporté d'autres de l'Afrique pour venir construire cet ensemble qui n'est que symbole de la violence de la culture occidentale.

En France, le parallèle avec Victor Schoelcher est assez parlant.  Celui que les livres d'histoire s'obstinent à présenter comme l'abolitionniste par excellence de l'esclavage, le sauveur des Noirs , est monté de toute pièce pour annihiler, pour effacer de l'esprit, que c'est seulement au prix de la lutte pour leur indépendance, pour leur liberté que les Noirs se sont affranchis du joug de la barbarie à ce jour jamais exercée sur un autre groupe humain du fait de la couleur de peau.

Dans cet exercice de décervelage de masse, on omet de dire que le bienveillant Schoelcher trouvait que l'on indemnise le coupable à la place de la victime. Drôle d'abolitionniste humaniste non ? Plus proche de nous encore, l'arche de Zoé qui est allé sauver les enfants noirs abandonnés par leurs parents. Logiquement, Schoelcher est le symbole de la négation de la lutte des Noirs et voir que certains incrédules adhèrent à une telle escroquerie intellectuelle doit nous pousser à bien lire l'histoire.

Conséquence somme toute logique, l'on constate aujourd'hui dans les affaires qui les concernent, une certaine attitude attentiste chez le Noir. Attitude qui se transforme en mouvement aussitôt qu'un blanc vient aux commandes, même pour et dans les structures qui ne concernent pas et ne doit concerner les derniers cités.

Tout ceci devrait plutôt inciter les Noirs en général à se souvenir de ce proverbe riche en enseignement: "Tant que les lions n’auront pas leur propre historien, les histoires de chasse continueront  a glorifier le chasseur "

Source:http://mboangila.afrikblog.com/


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"Si on avait une carte sur laquelle une lampe rouge s'allumait à chaque endroit ou les soulèvements d'esclaves noirs se produisirent sur le continent, on constaterait que, depuis le 16ème siècle jusqu'à présent,  il y aurait toujours une lampe allumée à chaque endroit".

 

VENEZUELA

Au Venezuela, les quilombos portaient le nom de cumbes et, étant donnée la large côte caribéenne du pays , beaucoup des soulèvements enregistrés là-bas étaient liés à la  fuite  des esclaves des îles antillaises voisines.
Le premier soulèvement connu a eu lieu dans la région de Coro en1532. Le leader noir le plus connu au Venezuela fut le Noir Miguel qui se révolta en 1552 avec des esclaves des mines de Buría, près de Coro. Miguel était appelé Roi par ses adeptes.
Les cumbes de cette région résistèrent de façon intermittente pendant plus de deux siècles. À  partir de 1812, avec la guerre d'indépendance, de nombreux esclaves furent affranchis et la fuite  quilombola diminua.


 Au Venezuela comme en Colombie existe toujours jusqu'à présent, une région dans laquelle sont concentrées leurs populations noires les plus anciennes et les traditions afrovénézuéliennes les plus importantes, comme  dans la région de Barlovento, sur la côte est. Comme les palenques de la région de San Basílio, Barlovento fut, également pratiquement isolé du reste du pays jusqu'aux années quarante du siècle actuel.

Il est également nécessaire de mentionner , le grand leader des esclaves affranchis du  Panamá, Bayano, appelé Rei Negro par ses compagnons qui mena une importante rébellion en 1553. Capturé après trois années d'une dure poursuite, le vice-roi du Pérou lui accorda un traitement spécial et le déporta en Espagne. Il fut le seul leader quilombola qui reçut des esclavagistes des Amériques la peine légère de la déportation.

Enfin, il faut signaler  que des mouvements de libération du régime esclavagiste  équivalents allaient éclore pendant les presque quatre siècles de ce martyr humain  dans de nombreux  autres pays et régions du Nouveau Monde, tels que Veracruz au Mexique,  au sud des États-Unis et dans pratiquement  toutes les îles des Caraïbes : Barbade, Trinidad, la Martinique, la Guadeloupe, Providence, St. Vincent, St. Kitts, et d'autres comme l'illustre Alejo Carpentier :
"Si on avait une carte sur laquelle une lampe rouge s'allumait à chaque endroit ou les soulèvements d'esclaves noirs se produisirent sur le continent, on constaterait que, depuis le 16ème siècle jusqu'à présent,  il y aurait toujours une lampe allumée à chaque endroit".

La décennie des années 80 a vu naître une nouvelle conscience du rôle historique des luttes des noirs du Nouveau Monde contre le régime esclavagiste. Cette conscience allait surgir, de façon prépondérante avec le mouvement de décolonisation, lorsque certains de nos gouvernants et  d'autres  personnes d'influence commencèrent à percevoir que, aussi riches que soient les traditions politiques et culturelles européennes qui nous ont formé, l'eurocentrisme a ses limites, car, s'il est vrai  que nous sommes des occidentaux, il n'est pas moins vrai que nous sommes afroaméricains.

Cuba, évidemment, inaugura cette nouvelle lecture de la tradition quilombola: la biographie de Esteban Montejo, faite par Mïguel Barnet, date de  1963, à peine quatre ans après  la révolution socialiste dans ce pays.
Le gouvernement populaire de Michael Manley accorda à  Nanny le rang d'héroine nationale de la Jamaïque en 1975.

Immortalized in print


Nanny, Leader Marroon représentée sur le billet de 500 Dollars jamaicain
De même à  Guyana, en 1976, le gouvernement socialiste de Forbes Burnham ordonna l'édification, dans la capitale  Georgetown, d'un monument en hommage au leader noir  Cuffy, en rendant enfin justice à l'esprit  libertaire de l'esclave de la plantation de Magdelenenburg qui, entre 1762 et 1763 dirigea la principale rébellion quilombola de l'histoire de la Guyana actuelle.

On peut également citer, le cas, à la fin malheureusement dramatique, de l'Île de la Grenade.  Maurice Bishop, président assassiné durant l'invasion américaine, perpétrée par l'administration  Reagan en 1983, avait récupéré la figure de Julien Fédon, l'esclave mulâtre qui mena le grand soulèvement de 1795.
 On raconte que plus de  trois cent noirs rebelles moururent au cours des batailles pour le contrôle politique de l'île, et selon un général britannique qui combattit contre eux, Fédon et certains de ses hommes  sautèrent d'un précipice pour ne pas être faits prisonniers . Cela nous rappelle une des légendes les plus répandues  sur la fin de  Zumbi, selon laquelle il aurait sauté du  Despenhadeiro do Macaco (L'Abyme de Macaco) pour ne pas se livrer à  Domingos Jorge Velho.
Les sens attribués à ces deux épisodes similaires  soutiennent cependant  des idéologies de construction du héros exactement opposées.

 Édison Carneiro cite cette  "légende", selon lui initiée par Sebastião da Rocha Pita et la qualifie clairement de fausse, laissant transparaître la crainte que  le choix de la mort au lieu de la possibilité de retour à l'esclavage,   diminue dans une certaine mesure, la grandeur de  Zumbi (1966:1011). Déjà en Grenade, comme nous le raconte  Rafael Duharte Jiménez, lorsque la révolution a pris le pouvoir,"l'endroit d'où  Fédort sauta dans l'abîme pour ne pas  devenir prisonnier des britanniques est devenu un lieu sacré pour les grenadins, et est montré comme une fierté légitime aux visiteurs" (1992:179).

Busto de Zumbi dos Palmares em frente ao Setor de Diversões Sul, em Brasília.


Pendant ses années d'études en Angleterre ,  Maurice Bishop est allé faire des recherches, sur des documents sur  Fédon et le soulèvement de  1795, et durant son gouvernement révolutionnaire, intitulé Movimento Nova Jóia (Mouvement Nouveau Joyau - Bijou), Fédon fut élevé à la catégorie de héros national de Grenade. Voici comment  Rosa Maria Torrez décrit l'enseignement de l'histoire en Grenade antérieure à la révolution da Nova Jóia:
"L'histoire officielle, que l'on enseignait dans les écoles de grenade était une chronique exhaustive des  prouesses des pirates, des conquistadors et des rois anglais. La célèbre rébellion menée par  Fédon et un groupe d'esclaves, autour de 1795, contre le régime esclavagiste et despotique des colonisateurs britanniques avait été incorporé à l'histoire comme un acte de barbarie" (s.d.:46)
La principale leçon que nous pouvons tirer de la brève expérience  grenadine est justement de combattre l'amnésie chronique de notre population et récupérer, autant que possible, toutes nos sagas  libertaires, en incluant une plus grande connaissance du rôle des quilombos dans la formation de la société brésilienne..

 

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga
http://hemi.nyu.edu/course-rio/perfconq04/materials/text/carvalho.html

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ARCHIVES - 1848 : Deuxième abolition de l’esclavage

1848: Deuxième abolition de l’esclavage

A SAVOIR PAR TOUS !

En 1848, sur l’intervention de Victor Schoelcher, l’abolition de l’esclavage est proclamée de nouveau. Les noirs seront désormais salariés, l’industrie naissante ayant besoin de nouvelles forces de travail.

Après 1848, la Guadeloupe se déféodalise et entre bon gré mal gré dans l’ère capitaliste.

Le 25 juin 1849, au Morne Tartanson à Marie-Galante, où la population manifeste son mécontentement à la suite d’élections frauduleuses, les gendarmes massacrent quelques dizaines de Guadeloupéens, sous la direction du maire de Féréol.

Le colon Procureur Général Ployen qui est responsable de l’acquittement de trois blancs accusés de l’assassinat du noir Jean-Charles, obtient 41 condamnations totalisant 37 années de prison, 105 années de réclusion, 60 années de galère, une peine à perpétuité.

Les anciens esclaves répugnent au travail. Les salariés au nombre de 19.465 sur une population de 83.000 habitants ne sont bientôt plus que 7.000. La méfiance des Guadeloupéens s’explique à la suite des dernières négronnades de Marie-Galante. Une loi établit alors le travail obligatoire (Vive l’abolition !).

La déportation continue vers la Guadeloupe afin de fournir un renfort constant de main-d’œuvre à bon marché. Parallèlement, une armée de réserve se constitue pour maintenir au plus bas l’échelle des salaires.

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ARCHIVES - 1802 : Rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe

1802 : Rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe

A SAVOIR PAR TOUS !

Le 6 mai 1802, l’escadre de Napoléon est en vue de la Guadeloupe. Elle doit rétablir l’esclavage dans le plus bref délai. Le général Sériziat occupe Marie-Galante et s’empare du leader noir Lapoterie. Pélage intervient à son tour et les chefs de la manifestation noire de Pointe-à-Pitre sont arrêtés : Noël Péron, Fafa et Ballas.

 

Le général Richepance débarque avec ses 3.740 soldats, ordonne aussitôt de dégarnir les forts et de remplacer les soldats noirs par ses propres troupes. Le capitaine Rougier occupe le fort de la Victoire. Ignace (qui devait tuer ce capitaine quelques jours plus tard) prend alors le maquis avec sa compagnie.

Pélage donne l’ordre à ses soldats de se rendre dans la plaine de Stiwenson à un kilomètre du pont des Abîmes où ils sont désarmés et enchaînés à bord des navires de Napoléon. Quelques officiers et soldats fuient (Massoteau, Codou, Corbet, etc.) et se rendent à Basse-Terre. Massoteau se noie durant ce trajet. Ignace arrive le 8 mai 1802 à Basse-Terre. Mondésir Grippon se joint à Delgrès.

Le général Richepance et Pélage dépêchent 2.100 soldats barrer la route aux insurgés mais Basse-Terre et le fort Saint-Charles résistent. Les troupes de Pélage prennent pourtant pied au Baillif. Le capitaine guadeloupéen Nicolo est tué au cours des combats. Inférieurs en nombre et mal armés, les Guadeloupéens se retirent alors sur la rive gauche de la rivière des Pères.

Le général Seriziat fait systématiquement abattre tous les Guadeloupéens qui croisent sa route.

Le 11 mai 1802, Richepance, Gobert et Pélage occupent une partie de Basse-Terre et les hauteurs de Delos et de Bellevue.

Le lendemain, les Guadeloupéens Doria, Sans-Peur et Noël Corbet créent une diversion tandis que Delgrès contre-attaque sur les hauteurs avec Ignace, Kirwan, Gédéon et Dauphin. La mulâtresse Solitude, enceinte, et d’autres Guadeloupéennes participent à ces combats.

A la suite de la défaite momentanée du Général Richepance, le gouverneur anglais Cochrane-Johnston lui fait parvenir des canons.

A Dolé, Palème et Jacquet, appuyés par 200 noirs, s’opposent à 900 Français qui prennent bientôt la fuite avant d’être rejoints à Trois-Rivières par le général Seriziat à la tête d’un bataillon.

Afin d’aider Richepance à circonvenir un incendie à Basse-Terre, Delgrès fait une trêve avec celui-ci qui s’empresse alors de charger Pélage d’armer 600 soldats noirs prisonniers à Pointe-à-Pitre pour attaquer le fort Saint-Charles, refuge de Delgrès.

Seriziat, bloqué à Trois-Rivières et guidé par les colons, contourne Dolé et attaque quant à lui, le poste de Palmiste (où le lieutenant guadeloupéen Télémaque est tué) avant de faire sa jonction avec les troupes de Richepance.

Les Français attaquent alors Dolé mais sont battus par Palème et Jacquet. Le lieutenant Guigaud est fait prisonnier puis fusillé pour l’assassinat de trois Guadeloupéennes.

A Basse-Terre, sur 153 habitations, 26 sont incendiées, 72 dévastées, 21 colons massacrés.

Au Morne Rouge, les patriotes exécutent le juge Amaury.

Le 22 mai, Delgrès, pour éviter de tirer sur ses frères de couleur, abandonne Saint-Charles avec 400 hommes. Ignace, quant à lui, rejoint la Grande-Terre pour soulever le peuple. Pélage et Gobert se lancent aussitôt à sa poursuite. Ignace temporise et ne prend pas Pointe-à-Pitre pourtant à sa portée. Pélage y lève alors des renforts, tandis qu’Ignace se retranche au fort de Baimbridge.

Le carnage commence : 675 noirs dont Ignace et l’un de ses fils périssent : 250 survivants comprenant des femmes et des blessés sont arrêtés ; 150 sont fusillés place de la Victoire, les 100 derniers sur le rivage de Fouillole. Parmi les fusillés un deuxième fils d’Ignace.

Le 28 mai, l’assaut final est donné contre Delgrès au Matouba. Kirwan se suicide. Delgrès blessé se fait sauter avec ses 300 hommes.

La répression qui s’ensuit est aussi sauvage qu’implacable :

-    Marie-Rose Toto, femme de Delgrès, est fusillée ;

-    le capitaine Dauphin, blessé, est pendu ;

-    la mulâtresse Solitude (enceinte) est suppliciée ;

-    les capitaines Mondésir Grippon, Doria, Sans-Peur, Monnereau, aide de camp de Delgrès et beaucoup d’autres sont pendus ;

-    10.000 noirs sont massacrés ou déportés. Tous les soldats noirs chassés de l’armée.

Dans les montagnes, quelques rescapés résistent (Palème, Jacquet, Noël Corbet, Fourme et Codou).

Des volontaires sont engagés pour « chasser le nègre ». Une tête de nègre est payée un moede, un fusil de nègre : trois gourdes (monnaie haïtienne).

Pélage est arrêté et déporté en France avec 32 officiers noirs.

8.000 des 15.000 métis sont remis en servitude et vendus au Trésor Public.

Le mariage inter-racial est interdit aux noirs. Le territoire métropolitain leur est fermé.

1802 : la fièvre jaune ravage la colonie et cause la mort de nombreux blancs (les généraux Seriziat et Richepance en meurent), la responsabilité en est imputée aux infirmiers noirs qui sont tous fusillés.

Gobert retourne en France.

Lacrosse redevient gouverneur et poursuit les nègres marrons avec l’aide de de Vermont.

Ceux qui sont pris sont pendus ou brûlés vifs, ceux qui refusent de participer à cette chasse sont exécutés.

Trois chasseurs de nègres sont tués au cours d’une attaque menée par les marrons contre le poste du Lamentin.

En octobre 1802 à Saint-Anne, les blancs Barse, Millet de la Guardière et Jean Barbet se révoltent avec les noirs. Vingt-trois colons tombent sous les coups des guérilleros. Une centaine d’exécutions en résulte et dans l’espace de quatre mois, 72 patriotes sont condamnés à mort et exécutés.

Le 13 mai 1803, des insurgés, dirigés par Fourme tiennent encore le maquis sur le Morne Moudongue.

En novembre 1805, le patriote Fourme qui s’est retiré sur les hauteurs de Capesterre est trahi par ses lieutenants et capturé par les colons.

1807 : deux propriétaires de Grande-Terre s’emparent d’un vieux noir et le brûle sur un bûcher.

1808 : trois noirs sont pendus pour avoir répandu le bruit que les esclaves allaient de nouveau retrouver la liberté.

Le 27 janvier 1810, les Anglais débarquent à Sainte-Marie, plage de la Guadeloupe, ils obligent le gouverneur Ernouf à capituler et occupent la Guadeloupe jusqu’en 1814. Ils en partent le 7 décembre 1814 pour y revenir le 10 avril 1815 jusqu’au 25 juillet 1816.

En octobre 1822, deux Guadeloupéens aident les esclaves de Porto-Rico à se révolter. Pierre Dubois est fusillé, seul Pierre Binet parvient à s’échapper.

1826 : création de la Banque de la Guadeloupe.

1837 : Auguste Bedian dirige l’Ecole mutuelle de Basse-Terre qui diffuse des idées d’avant-garde.

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ARCHIVES - 1794 : Première abolition de l’esclavage en Guadeloupe

1794 : Première abolition de l’esclavage en Guadeloupe

A SAVOIR PAR TOUS !

Le 4 mars 1794, des noirs résistent dans la maison Muy, quelques-uns sont tués, deux se suicident. 200 sont emprisonnés. Un colon et son nervi assassinent le noir Gentil.

Les Anglais débarquent alors, appelés par les grands blancs royalistes.

En 1794, lors de l’occupation anglaise, le nègre Jean du Gosier participe ardemment à la chasse aux colons républicains.

Les commissaires délégués par la Convention, Chrétien et Victor Hugues, font voile vers la Guadeloupe avec 1.500 hommes.

Le 4 juin 1794, la flotte se trouve en vue des côtes guadeloupéennes. Victor Hugues apporte « la liberté » aux esclaves par un décret du 4 février  1794 et proclame « l’abolition de l’esclavage ».

6 juin 1794 : attaque du fort Fleur d’Epée, où sont retranchés les Anglais. Des noirs combattent avec les républicains de Victor Hugues et de Chrétien ainsi que les deux Guadeloupéennes Dandane et Presson. Le nègre Vulcain est fait capitaine. Des détachements entiers de noirs sont alors créés et des officiers formés.

A la bataille de Pointe-à-Pitre, les républicains sont victorieux. Ils tuent l’émigré Madière devenu guide des Anglais et 800 Anglais dont 23 officiers (Madière n’est pas fusillé mais tombe au cours du combat). Victor Hugues fait mettre à mort près de 900 colons et complices dont une centaine de noirs. De Vermont, à la tête des royalistes rescapés, s’enfuit avec les Anglais.

Pendant tout ce temps de colonisation, les luttes d’influence les plus diverses se donnent libre cours allant jusqu’au meurtre entre colons guadeloupéens des îles avoisinantes ou de France, colons français et anglais ou encore républicains et royalistes. On peut facilement imaginer les péripéties comiques et pathétiques des pillards blancs de toute tendance qui continuent encore à notre époque à se voler les uns aux autres ce qu’ils ont dérobé aux Guadeloupéens.

En 1794, les noirs Jean-Charles, Séraphin et Cyriaque attaquent l’habitation Emery Dubois au Gosier.

1795 : révolte des noirs au deuxième bataillon. Mathurin tient le maquis avec une centaine de ses frères. Apparition des premiers corsaires guadeloupéens dont quelques noirs. En quinze ans, ils prennent 1.500 navires.

Entrée à Pointe-à-Pitre du bataillon des Antilles composé de 500 blancs et 200 noirs. Parmi eux le noir martiniquais Magloire Pélage.

1797 : Goyote, Adon, Jolicœur, se révoltent à Marie-Galante. A 600, ils assiègent la ville. Ils sont fusillés.

En décembre, au Lamentin 300 noirs attaquent la ville. Ils tuent trois blancs mais perdent 35 hommes au combat et leurs chefs sont fusillés.

1799 : le noir Guillaume est battu par le blanc Féraud, Guillaume faisant alors subir à Féraud le même sort est fusillé sur l’ordre du nouveau gouverneur, Desfourneaux.

-    A Pointe-à-Pitre, on fusille un soldat noir qui a frappé son capitaine blanc.

-    Un cultivateur noir de l’habitation Dano qui a poignardé un blanc subit le même sort.

L’abolition de l’esclavage se conçoit curieusement : les esclaves sont obligés de travailler pour leurs anciens maîtres et d’être en possession d’un laissez-passer pour tous leurs déplacements.

Depuis l’insurrection du Lamentin, des noirs se sont groupés dans les bois de la Goyave, les marrons du nouvel esclavage se joignent à eux. Les royalistes étant de retour, Desfourneaux les lance alors à leurs trousses. Les rebelles sont massacrés, les survivants reconduits sur les plantations.

En décembre 1799, Delgrès, noir martiniquais, arrive en Guadeloupe.

Le coup d’Etat du 18 Brumaire provoque la fuite des officiers républicains noirs parmi lesquels Pélage et Delgrès.

19 avril 1801 : nouveau gouvernement Lacrosse.

Arrestations des commerçants de couleur et de quelques militaires noirs.

Magloire Pélage, réintégré dans ses fonctions, est l’ouvrier docile du rétablissement de l’esclavage ordonné par Bonaparte.

A Petit-Bourg, des bestiaux empoisonnés sont le prétexte à des exécutions sommaires décidées par Lacrosse et exécutées par Pélage.

Joseph Lagarde, jeune noir, est fusillé par Lacrosse pour avoir porté des provisions à un prisonnier du fort Saint-Charles.

Le 5 août 1801, le général Bethencourt meurt. Son présumé successeur est Magloire Pélage, mais pour éviter d’avoir à donner le commandement à un noir, Lacrosse se nomme chef de la garnison. Pélage s’incline mais non ses troupes.

Ordre est alors donné d’arrêter tous les officiers noirs. L’un d’eux Gédéon, est appréhendé, le capitaine Ignace s’enfuit, Pélage lui-même échappe de peu à l’arrestation. Ignace donne aussitôt le signal du soulèvement, mais Pélage l’oblige à réintégrer se heurtant à une compagnie de noirs, Pélage intervient de nouveau et les empêche de se battre.

Lacrosse, réfugié à Basse-Terre, lève une troupe et marche sur Pointe-à-Pitre. Des soldats de couleur désertent à Petit-Bourg où il s’arrête.

Octobre 1801 : la population de Basse-Terre libère les prisonniers de Lacrosse enfermés sur le brick Les Trois Sœurs. François Rigaud se trouve parmi les rescapés.

Alexis et d’autres noirs de l’habitation Ducharmoy, responsables de la mort du fermier Salager sont exécutés par Pélage.

Lacrosse s’organise et fait venir les émigrés, aristocrates blancs des îles avoisinantes pour reconstituer ses troupes. De Vermont est parmi eux.

Si les chefs noirs désirent Pélage à la tête de leur révolution afin de débarrasser l’île de Lacrosse, Pélage lui, tient à traiter avec ce dernier.

Bientôt arrêté Lacrosse parvient à s’enfuir avec l’aide de Pélage.

A partir de ce moment Pélage dirige la Guadeloupe en s’appuyant sur les grands blancs et les notables. Les postes principaux sont distribués à des officiers noirs : Delgrès, Palème, Ignace, Codou, Noël Corbet, Gédéon, etc. Parmi eux, Massoteau à l’idée de constituer un corps d’armée de 20.000 hommes et d’intégrer le plus grand nombre de noirs aux postes clés de l’économie.

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