RENCONTRE AVEC Murielle CRANE

Chercheuse, auteur africaine-guadeloupéenne Murielle CRANE traite à travers ses œuvres de problématiques liées à l’histoire du peuple noir. Elle a écrit un livre intitulé « Enlevons nos voiles : un appel aux consciences », réalisé le CD « Manifester son potentiel supérieur » et rédigé une thèse consacrée à l’influence de l’apprentissage de l’histoire sur un petit groupe de gens de descendance africaine en Guadeloupe. Nous vous proposons ici un entretien réalisé lors de son dernier séjour en Guadeloupe.

Ms B. :  Dans quels domaines orientez-vous vos recherches ?
M. C. : J’ai réalisé des recherches en psychologie et en science de l’éducation. Je ne pouvais aller vers ces domaines sans m’intéresser à ce que les nôtres ont produit dans le passé. Je porte ainsi un intérêt particulier à tout ce qui tourne autour des études noires : l’histoire africaine, la philosophie africaine… Je cherche à en savoir plus sur notre peuple et donc sur moi-même. Il s’agit de faire des recherches sur l’histoire pour une meilleure connaissance de soi. Ce travail est d’abord un travail personnel que je décide de partager.
Ms B. : Comment expliquez-vous que la connaissance de l’histoire africaine devrait nous permettre de mieux nous connaître ?
M. C. : En fait, l’histoire donne la connaissance de soi. Et, l’histoire africaine a été dénigrée. Les nôtres ont été présentés comme des sauvages. Quand on te fait croire que ton histoire commence avec l’esclavage, qu’il n’y avait rien avant, que tu vivais dans des cavernes, que tu n’étais pas civilisé, souvent ce qui se passe c’est que tu attribues les bienfaits de cette civilisation que tu as acquise à l’autre. Tu ne sais pas que bien avant de connaître l’autre, les tiens étaient déjà civilisés. Il est donc important de savoir qui nous étions dans le passé afin de savoir qui l’on est aujourd’hui.
Ms B. : Quels sont les aspects de l’histoire africaine que vous avez choisi de mettre en avant dans vos différents travaux ?
M.C. : Pour le livre, je parle de l’Afrique avant qu’on soit déporté, de l’Egypte Antique, de l’esclavage. En fait, je parle d’un aspect de l’esclavage qu’on ne nous enseigne pas à l’école. Je traite avant tout du travail qui a été fait pour créer l’esclave mental ; chose qui aujourd’hui a encore des effets sur nous.
 Lorsque l’on fait état de problèmes, il faut aussi parler de solutions et pour moi la solution se trouve dans les données de nos ancêtres même, ce qu’ils appelaient la philosophie de l’édification.
 Puis, j’ai le CD « Manifester son potentiel supérieur » dans lequel je parle du dénigrement de la peau foncée, des critères de beauté dans l’Antiquité, de la manifestation de l’esclavage mental. Je parle aussi bien sûr de notre potentiel supérieur et pour en parler il faut parler de la philosophie africaine antique parce qu’il y a beaucoup d’écrits sur le fait de se connaître soi-même. Sur les temples de l’Egypte Antique c’était déjà écrit. Dans leur philosophie de l’éducation également, nos ancêtres le disaient. Cela était enseigné aux gens dans les universités en Afrique de Kemet à Tombouctou.
Et, pour ma thèse je parle de l’influence de l’apprentissage de l’histoire sur nous-mêmes. Donc, pour l’écrire, il fallait que je fasse un retour sur le passé pour parler de cette histoire positive de notre peuple dont on n’entend pas souvent parler.
Je suis très intéressée par la philosophie Africaine. Je m’intéresse de plus en plus à l’éducation en Afrique dans l’Antiquité.
Ms B. : Quelles étaient les caractéristiques de l’éducation africaine dans l’antiquité ?
M.C. : Le but de l’éducation en Afrique était de permettre à l’homme de manifester le potentiel supérieur qui est en lui ; ceci dans tout ce qu’il entreprend. En fait, les nôtres pensaient que Dieu était dans l’homme et c’est pour cette raison qu’ils ont développé la philosophie de Sema Tawi. Il était question de mettre le Moi supérieur en avant afin de contrôler le négatif, les ennemis de Dieu en soi, pour pouvoir briller. Et, tout ce qu’ils faisaient c’était pour refléter ce Dieu en eux. Ils le reflétaient dans leurs créations, dans leur philosophie, dans leur architecture…. Il s’agissait d’amener au niveau de la conscience le potentiel supérieur de l’être humain. Ils organisaient l’environnement de façon à permettre cela. C’est pour cette raison que les nôtres ont développé autant de grandes choses. En fait, ils ont exploré les vastes étendues de la conscience en eux, ils ont cherché l’origine de la Création. Ils ont fait tout cela de façon à permettre à l’homme de mettre en avant le positif, le Moi suprême qu’il y a en chacun afin de pouvoir le manifester.
Ms B. : Que pensez-vous du type d’enseignement actuellement dispensé dans les écoles en Guadeloupe ?
M.C. : L’enseignement que l’on a aujourd’hui est un enseignement de type bancaire. On remplit les êtres humains de choses pour pouvoir manipuler leurs consciences. C’est une éducation qui opprime. Une éducation qui justement ne permet pas à l’homme de devenir un penseur indépendant. Cet enseignement a pour but de favoriser les membres du groupe dominant. Par ailleurs, il renforce le complexe d’infériorité qui a été inculqué aux guadeloupéens depuis l’esclavage.
Ms B. : Quelle serait selon vous la solution pour surmonter les maux dont souffre notre peuple ?
M.C. : Pour créer le nègre, ils nous ont coupés de nos racines africaines. Le seul moyen de défaire ce travail réalisé pendant l’esclavage est d’apprendre à ce peuple son histoire. Ce n’est peut-être pas la solution à tous les maux mais il faut le faire afin de casser les mythes qui ont été injectés dans nos têtes, qu’on puisse lever le voile et voir le monde tel qu’il est.
                                                                                                         
                                                                                                          Miss Baylavwa

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