EXTRAIT CAHIERS Africains Afrika Stuidies 1995

EXTRAIT CAHIERS AFRICAINS 1996

Les émeutes du 04 janvier 1959 à Léopoldville (actuel Kinshasa).
L’année 1959 débute dans le sang. Le 4 janvier, l’Alliance des Bakongo (Abako) avait prévu d’organiser une réunion à Kalamu (une commune de Léopoldville) au cours de laquelle des personnalités de l’Abako, Gaston Diomi, Arthur Pinzi et Joseph Kasa-Vubu (photo) – tous trois Bourgmestres – prendraient la parole. 



Ayant obtenu la veille une réponse du Premier Bourgmestre qu’ils interprètent comme une interdiction de leur réunion, les organisateurs décident de la reporter. Ils tentent, mais sans succès de décommander le meeting, et le dimanche, la foule se rassemble, massive, devant le lieu prévu. 

L’annonce du report de la réunion entraîne de vives protestations. La tension va monter au cours de l’après-midi, donnant lieu à des incidents de plus en plus violents, qui se terminent en émeute : la première émeute d’une telle ampleur contre le régime colonial. Après quelques heures de violences, la Force Publique est appelée au secours de l’autorité civile. 

Deux mille cinq cents soldats et mille cinq cents policiers prennent position et ratissent la ville, brisent les noyaux de résistance en tirant sur une foule non armée. Les émeutes font officiellement quarante deux morts et deux cent cinquante blessés, mais on affirme que de nombreux cadavres ont été cachés et enterrés par leurs familles.



Les principaux dirigeants de l’Abako, considérés comme responsables de l’émeute – alors qu’ils ont tout fait pour maintenir le calme et ont même été félicités par le Premier Bourgmestre pour leur attitude pendant les événements – sont arrêtés ; les deux Bourgmestres de communes qui furent au centre des émeutes (Kalamu et Ngiri-Ngiri) sont également arrêtés ; l’Abako est dissoute.



Ces événements vont marquer un véritable tournant dans l’histoire du Congo, une colonie considérée jusqu’alors par une partie de l’opinion occidentale comme modèle et où la puissance coloniale pensait disposer de tout le temps voulu pour assurer l’évolution de sa colonie vers un régime d’autonomie.



Source : Cahiers africains/Afrika Stuidies n° 17-18, 1995

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