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En Haïti, nourriture et soins peinent à parvenir aux sinistrés

Dans la ville de Léogane, à 17 km de Port-au-Prince, près de 90% des immeubles ont été détruits, selon l'ONU.

AFP/THOMAS COEX
Dans la ville de Léogane, à 17 km de Port-au-Prince, près de 90% des immeubles ont été détruits, selon l'ONU.

Alors que l'Europe a dit vouloir faire de la reconstruction d'Haïti une priorité, la population sur place est encore confrontée aux plus grandes difficultés pour subvenir à ses besoins élémentaires, dimanche 17 janvier. Cinq jours après de séisme de magnitude 7 qui a frappé l'île, eau, nourriture et soins peinent à parvenir aux sinistrés, malgré la tentative de prise en main de la situation par l'armée américaine. L'OMS avance toujours un bilan probable de 50 000 morts.

Des problèmes de logistique empêchent une grande partie des secours de parvenir aux victimes et des centaines de milliers de Haïtiens affamés attendent désespérément de l'aide. Ils survivent dans des camps de fortune, dans des rues jonchées de débris et de cadavres en décomposition. Pour le moment, les Nations unies fournissent de la nourriture à 40 000 personnes par jour et espèrent porter ce nombre à un million d'ici deux semaines. "Il s'agit de l'une des plus graves crises humanitaires en plusieurs décennies", a déclaré Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l'organisation qui est arrivé à Port-au-Prince dans l'après-midi (lire la note de blog L'OMS dresse un premier bilan du séisme).

Des pillards ont fait leur apparition dans les rues au cours du week-end, s'emparant dans les magasins éventrés de tout ce qu'ils pouvaient y trouver. Des affrontements ont éclaté entre groupes d'hommes armés de couteaux, de haches ou de pierres. La police a ouvert le feu sur des groupes de pilliards dimanche, faisant au moins un mort (voir le portfolio Port-au-Prince confronté à la violence). De nombreuses distributions de nourriture ont tourné au pugilat tant la situation est critique. "La distribution est totalement désorganisée. [Les secours] n'identifient pas ceux qui ont besoin d'eau. Les personnes âgées ou malades n'ont aucune chance", se désole Estimé Pierre Deny, un habitant de Port-au-Prince, en observant une foule se précipiter vers un camion distribuant de l'eau. De nombreuses personnes fuient à pied la capitale, emportant sur leur tête des valises avec les quelques biens qu'elles ont pu récupérer, dans l'espoir de trouver vivres et abri à la campagne et d'échapper aux répliques et aux violences.

Les secours ne désespèrent pas de retrouver des survivants parmis les décombres de la capitale en ruines. Dimanche, trois Haïtiens ont été extraits vivants des décombres d'un supermarché de Port-au-Prince. Les sauveteurs étaient sur le point d'arrêter leurs recherches à cet endroit, samedi, lorsqu'une caissière a réussi à appeler un proche à Miami pour dire qu'elle était vivante sous les décombres.

Une personne coincée dans les ruines de l'hôtel Montana a également émis des signes de vie et l'équipe américaine Fairfax Urban Search and Rescue s'est rendue sur place pour tenter d'établir un contact. Les trois personnes dégagées s'ajoutent aux soixante-dix survivants retrouvés jusque là sous les décombres de Port-au-Prince par les 43 équipes internationales engagées sur place (soit 1 739 sauveteurs et 161 chiens). "Il y a toujours de l'espoir [de retrouver des rescapés]. (...) C'est exceptionnel, Dieu merci", a souligné dimanche une porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU.

Les Etats-Unis ont pris une place prépondérante dans l'organisation des secours avec déjà 1 000 soldats sur le sol haïtien et 3 600 dans des navires au large de ses côtes (lire la note Paris ne veut pas polémiquer avec Washington sur les secours). "Dans les prochains jours, des Marines vont arriver", ainsi que des engins lourds pour dégager les routes, a annoncé le général Keen qui dirige la force spéciale mise sur pied par les Etats-Unis en Haïti. Il a également annoncé la venue d'un navire hôpital le 20 janvier. "Nous sommes face à plusieurs problèmes critiques. L'un d'eux est le carburant. Celui-ci arrive par l'un de ces ports et nous avons besoin de le rendre opérationnel pour que les fournitures de carburant puissent arriver", a-t-il expliqué.

"Actuellement, nous comptons essentiellement sur les hélicoptères" pour assurer la fourniture de notre aide, a dit le général Keen. Selon lui, les parachutistes américains qui ont distribué de l'aide samedi "n'ont pas rencontré de problèmes de sécurité". Le responsable américain a fait état d'un seul incident "avec un hélicoptère qui n'a pu atterrir et a dû larguer ses fournitures".

 

AP Photo/Carl Juste

Le tremblement qui a frappé mardi l’ouest d’Haïti a été fortement ressenti en République dominicaine. Mais il n’a pas fait de dégâts, selon les autorités locales. Le pays, qui couvre la partie est de l’île est en train de devenir un point de départ majeur pour les secours qui ne peuvent atterrir à Port-au-Prince qu’au compte-gouttes.

Depuis le séisme, la route qui relie Saint-Domingue à Port-au-Prince est remplie de camions d’aide à destination d’Haïti. Mais son mauvais état ralenti considérablement les opérations et les convois les plus lourds ont du mal a passé, notamment sur certains ponts dont le franchissement est risqué. A Jimani, petite ville de 11.000 habitants située près de la frontière haïtienne et dont la vie de tous les jours a été bouleversée, un poste de contrôle a été installé pour coordonner les opérations d’aide humanitaire vers Haïti.

Des camions transportant de l’eau, de la nourriture et des cuisinières portables, doivent partir pour le pays voisin et délivrer 10.000 rations journalières aux habitants qui ont tout perdu dans la catastrophe. Du personnel médical dominicain partait également de Jimani, qui entretient des relations très étroites avec le pays voisin, pour aider les malades et blessés, emportant avec lui des outils médicaux, des hôpitaux de campagne, des ambulances et des doses de vaccins contre le tétanos, selon la presse dominicaine.

Dans l’autre sens, ce sont de tout autres flux qui arrivent en République dominicaine. Par dizaines, mutilés ou souffrant de fractures au crâne, des blessés arrivent de Port-au-Prince et de ses hôpitaux détruits par la catastrophe. Au total, ils seraient plus de 3 000. Le président Leonel Fernandez a ordonné aux centres hospitaliers de se mettre à la disposition des blessés du pays voisin. Les patients les plus en danger sont transférés vers des centres hospitaliers mieux équipés à Saint-Domingue. “ Nombre d’entre-eux devront subir une amputation, témoigne Carolina Mella ”, responsable de l’hôpital général Meleciano à Jimani sur la chaîne CCTV . “ Presque tous souffrent d’infections ”, poursuit-elle.

Face à l’urgence, le gouvernement dominicain explique avoir pris des “ mesures de vigilance stricte ” et a renforcé ses contrôles migratoires à la frontière. Il désire éviter le déferlement illégal d’Haïtiens, ou de prisonniers parvenus à s’échapper des décombres de la prison de Port-au-Prince.

 AFP, AP, Reuters

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