Divali ou Trinidad, l'île de lumière

Divali ou Trinidad, l'île de lumière

Par Charlotte Guerlotté, correspondante de CCN à Trinidad

Port-au-Spain. 28 novembre 2010. CCN. Chaque année, les Trinidadiens célèbrent Divali, l'une des fêtes religieuses majeures de Trinidad-et-Tobago, en particulier de la communauté hindoue. Mais Divali concerne tout le pays puisque c e jour est férié. Une célébration bien ancrée dans les moeurs locales. 5 jours de fête, dont une journée en famille. Le 5 novembre, CCN a vécu l'événement de l'intérieur, dans une famille trinidadienne, les Maharaj. Voyage dans l'univers divalien caricréole.

Divali, un évènement peu connu en Guadeloupe, est une festivité nationale à Trinidad-et-Tobago. Chaque année, les hindouistes du monde entier célèbrent Divali ou le festival de lumière, en honneur à la Déesse Lakshimi qui représente la richesse et l'abondance. Divali représente également le Retour du Seigneur Ram et de la Mère Sita, au Royaume de Ayoydia, de leur exil de 14 années. Pour célébrer le retour de leur Roi, le peuple d'Ayoydia illumina le royaume avec des deeyas, de petites lampes de terre cuite. Pendant cinq jours Trinidad devient lumière. Les maisons hindouistes sont décorées de deeyas. Le cinquième jour est férié, tous les Trinidadiens, hindous ou pas, profitent de cette journée pour se retrouver en famille. « Tout le monde à Trinidad a sa manière de célébrer Divali. Pour l' hindou le moins conservateur, c'est le fait de se retrouver en famille pour manger et faire la fête. » annonce Vasanti Maharaj, la maîtresse de maison, trinidadienne hindouiste. « Pour un Hindou traditionnel, Divali est avant tout une fête religieuse, puis vient l'aspect communautaire, se retrouver en famille, et enfin la célébration. », précise-t-elle. 

Pour Nigel Maharaj, l' aîné de la fratrie, Divali est le moment où il remercie Dieu de son aide tout au long de l'année. Quant à Nalini, la cadette, Divali a une valeur traditionnelle. Elle est née et a grandi au contact de la religion hindoue, pour elle et sa famille, Divali est le moment où on apporte la lumière, la prospérité, la divinité dans nos vies. '' J'aime ma culture et j'aime célébrer Divali ce qui permet de garder ma culture en vie et de la partager avec mes amis étrangers.'' souligne-t-elle.

Les préparatifs de l'évènement commencent une semaine avant. Les pratiquants doivent jeuner des aliments interdits pendant Divali. 21 jours avant, ils ne doivent plus manger ni de viande, ni de poisson, d'œufs et d'alcool. 21 jours est le temps supposé pour débarrasser son estomac de toutes nourritures ''fraiches''. 

Pour préparer un bon Divali, on achète des deeyas, des lampes à huile en terre cuite. On va au marché acheter des fruits et légumes, on  nettoie de fond en comble sa maison et on s'achète de nouveaux vêtements traditionnels indiens. Il est important de porter du neuf, tout comme ceux qui s’achète une nouvelle robe pour célébrer la nouvelle année. Les vêtements les plus connus sont le Shalwar, une longue tunique de couleur avec un pantalon et un foulard, l' Orni, une sorte d'écharpe ou de foulard et le Sari, un long tissu finement décoré, que l'on enroule autour de la taille puis que l'on passe au-dessus de l'épaule. 

La cuisine de Divali

Le cinquième jour, on prépare le diner. «  On se réveille avant le lever du soleil pour faire une prière, et puis on commence à cuisiner jusqu'à 17 heures. », prévient Nigel . Le roti est le plat traditionnel le plus connu à Trinidad, on en mange toute l'année, il est également appeléBuss-up-shut. Il est aussi populaire que le bokiten Guadeloupe. Le roti peut se décrire comme des galettes jaunes que l’on mange avec différentes préparations, souvent épicées, comme des mangues talkari, châtaignes pays au lait de coco, potiron talkari, etc. On appelle Talkari la cuisine à la poêle avec des oignons et de l'ail. Le plat est servi dans une feuille de banane, et les couverts ne sont pas les bienvenus. On mange avec les mains. Différentes variétés de plats sont cuisinées par les familles tout au long de la journée: leChanna, pois cassé et Aloo, pomme de terre en hindi, Anchar, mangue, depuis peu on cuisine le soja, nouvelle ingrédient de la cuisine Divali. En dessert, on mange des pâtisseries, souvent très sucrées, le Parsad, Kurma, coco Barfi et riz sucré.

Avant le dîner, la famille, les amis et les invités chantent Arti, des incantations, Bajans, des chants religieux hindous. La maîtresse de maison allume alors la première deeya et la pose dans le lieu saint de la maison. Enfin tout le monde se retrouve, amis, famille, les invités et on participe à l'illumination des deeyas. Et puis vient le repas où tout le monde se sert. Après le diner, les enfants allument des feux d’artifice en tous genres, le ciel trinidadien s'illumine alors de couleur au-dessus du village de Bourg Mulatresse, au nord de Trinidad, l'île principale de l'archipel. « Notre famille accueille une compétition interne de feux d'artifice », nous confie Nigel.

Ce jour est aussi une occasion pour faire la fête. Trinitad-et-Tobago est un pays où on aime faire la fête. Toute occasion est bonne à prendre. Les boites de nuit, la veille du long weekend, se remplissent, les rues sont animées, on sent que c'est un jour spécial.

Divali est un évènement culturel, religieux mais aussi commercial et il devient également touristique. Des commerçants profitent de l’occasion pour vendre des feux d’artifice, des guirlandes lumineuses, etc. C’est aussi une célébration qui permet de rappeler à la population que plus de 25% des Trinidadiens sont Hindous. Ainsi Nagar, une foire-expo, est organisée pendant les quatre premiers jours  avec des stands en tout genre pour sensibiliser ses visiteurs à la culture et la religion Hindou. Vêtements traditionnels, bijoux, nourritures, danses, musiques sont réunis afin de se plonger dans un univers indien. On repart avec de meilleures connaissances sur leur culture, un Mehndi, symbole d'amour tatoué dans la paume de la main, un sari, un long tissu de couleur qui s’utilise comme vêtement. Le dernier jour, un grand feux d’artifice clôture l’évènement. 

Divali, le Noël hindou ? 

« Si on veut, mais Divali se rapproche davantage du Thanksgiving américain, nous ne célébrons pas une naissance. Nous remercions et partageons ce jour-là. En Inde, ils offrent des cadeaux, non pas pour un anniversaire mais plutôt pour un remerciement », explique Nigel. « Divali se compare à Noël par le fait que c'est l'une des plus grandes célébrations hindouistes où les familles se retrouvent, c'est une fête en l'honneur de Dieu, une fête ou l'on mange bien et ou l'on s'offre des cadeaux. » précise Vasanti. Culturellement, Divali se rapproche de Noël, cependant les deux événements se différencient par leur symbolique, l'un pour célébrer une naissance, l'autre un remerciement. « Dans notre famille, nous célébrons Divali pour accueillir la Mère Lutchmi à l'intérieur de notre maison », poursuit-elle. 

Chaque famille célèbre Divali pour différente raison symbolique et religieuse. «  Je suis métis, indien et noir, « douglar » comme on dit ici, et pour moi Divali est une occasion de retrouver ma famille Hindou que je ne vois pas souvent», confie Patricia, épouse de Nigel. « mais ce n'est pas aussi important que Noël, je suis chrétienne, Noël est plus important pour moi. Divali c'est le festival où on célèbre le bien sur le mal. » affirme-t-elle. Pour Patricia, Divali n'est pas une fête religieuse, mais un moment culturel et surtout familial. « Quand j'étais au Venezuela je n'ai pas pu célébrer Divali, ça m'a manqué, mais je n'avais aucune raison de le célébrer puisque je n'étais pas avec ma famille, ni entouré d'Hindous. » regrette-t-elle. Pour ses beaux-parents, Divali est un moment de prière, « ils prient en groupe devant des deeyas et puis ils brûlent des ghee [ndlr. beurre sucré], des parsad, [ndlr. sucrerie] en offrande à la déesse. On n'offre pas d'aliments salés à la déesse, les humains ont besoin de nourritures salés pour survire, en ce sens, on donne de la nourriture (salé) au humain et des sucreries au dieux », fait-elle observer.

Cette année, le Divali de la famille Marajah a été calme, «  cinq membres de notre famille sont décédés . Nous avons eu une célébration très basique. », s' épanche Vasanti.

Divali est aussi une célébration symbolique, il célèbre la victoire du bien sur le mal, la lumière du bien dans le cœur des humains donnant le pouvoir de s’éloigner du mal et des tendances pessimistes. C’est le jour où l'on célèbre la joie, le progrès, la prospérité et la longévité. Divali à Trinidad fait partie intégrante des festivals nationaux, et accepté et adopté par la population.

sources : http://www.caraibcreolenews.com/template.php?at=2572#

export_articles