Mizik Kont Pwofitasyon

Mizik Kont Pwofitasyon

Pertinence sociologique de la musique guadeloupéenne
Lundi 10 août 2009  par  Steve Gadet 

Si la musique est un miroir de la société dans laquelle l’artiste évolue, est-ce que les auteurs/compositeurs guadeloupéens ont pris la mesure du « mal vivre » révélé par le mouvement social du 20 Janvier 2009 ? Est-ce que les thèmes évoqués dans la plateforme de revendications et tout au long du conflit se retrouve dans les textes et les thématiques du patrimoine musical guadeloupéen ? Nous tacherons de porter des éléments de réponses à travers notre réflexion en considérant une période allant des années 40 aux années 2000.

« La bonne musique ne se trompe pas et va droit au fond de l’âme chercher le chagrin qui nous dévore » Mozart et Métasbase, Extrait des Lettres sur Haydn

La musique est à la fois un élément et un produit culturel. Elle a un caractère subjectif mais aussi commercial. A ce titre, elle est régie par l’industrie du disque. Elle demeure un moyen très influent afin de véhiculer des idées. Le 20 Janvier 2009 un mouvement de grève générale est déclenché par un collectif groupant 49 organisations syndicales et associations politiques et culturelles. Ce collectif, le LKP, « Lyannaj Kont Pwofitasyon », a été créé en décembre 2008 à l’occasion des premiers mouvements de protestations contre la vie chère et les prix de l’essence en Guadeloupe. D’autres collectifs ont vu le jour également en Martinique, à Saint-Martin, en Guyane et à la Réunion, avec des revendications à peu près similaires à celles du LKP. L’un des buts de ce collectif , selon la plateforme de revendication [1], est de mettre fin à l’exploitation outrancière en Guadeloupe. Le 17 Avril 2009, au cours d’un entretien sur une radio locale guadeloupéenne, le chanteur martiniquais Kolo Barst, auteur de chansons particulièrement engagées, déclarait que « la fonction de l’artiste, c’est d’anticiper… ». [2] Par le biais de cet article, nous tenterons d’appréhender la pertinence de la musique guadeloupéenne en tant qu’indicateur de l’évolution, de la situation de la société guadeloupéenne. Depuis l’invention du support, la musique résiste mieux au temps qui passe. C’est un moyen de mémorisation donc en tant que tel, elle peut inspirer de nouvelles vagues de mobilisation. Elle transmet une batterie d’images et d’idées de génération en génération. Quelles sont les motivations de ces innovateurs culturels ? La composition musicale (paroles et musique proprement dite) s’enracine dans l’histoire et l’époque à laquelle elle se matérialise mais il arrive qu’elle prédise des circonstances à venir. Le sociologue Alain Touraine reconnaît la centralité des expressions culturelles dans le mouvement social. Les expressions culturelles entretiennent des rapports complexes avec les mouvements sociaux. La création culturelle peut être un support de diffusion pour le mouvement social mais en revanche elle peut aussi alimenter le mouvement social de part le fait qu’elle véhicule et cristallise des idées, des émotions et des faits.

I/ Analyse de textes de chanson en rapport avec la thématique du mouvement social

Les revendications du mouvement se décline sous plusieurs sections : Niveau et conditions de vie, éducation, formation professionnelle, emploi, droits syndicaux et libertés syndicales, services publics, production locale, aménagement du territoire et infrastructures, valorisation de la culture locale, réparation des injustices sociales et économiques. L’un des premiers thèmes articulé par le LKP que nous retrouvons dans l’expression musicale guadeloupéenne dès 1942 et 1943, par le biais du chansonnier Victor Vervier dit Lebrun, c’est l’exploitation d’une catégorie par une autre et le sentiment de ne pas être suffisamment au contrôle de sa destinée. Il chante alors les paroles qui suivent : « sé sémésié ki ni la baw an men, sé maléré ka travay san landemen » [3] . Le 13 février 2009, au cours d’un entretien accordé au journal le Monde, l’historienne Françoise Vergès remarque que si la société guadeloupéenne n’est pas resté figée depuis 1848 date de l’abolition de l’esclavage, il demeure encore des immobilismes qui ressortent dès qu’il y a un mécontentement. En 2009, beaucoup de petites et moyennes entreprise sont dirigées par des descendants d’esclaves néanmoins, la propriété foncière et tout le commerce d’importation est aux mains des descendants esclavagistes. Depuis les années 40, le déséquilibre dans la distribution des richesses apparaît dans les paroles de chansons populaires. En 1982, c’est Robert Loyson, l’un des plus grand griot de l’univers Gwo-ka, qui alerte sur les dangers économiques. Selon lui, le secteur de la canne à sucre, pilier de la production locale, doit être préservé et valorisé car pourvoyeur d’emploi et créateur de richesse.

« An mwé papa wo !la gwadeloup tranglé ! mé zanmi la Gwadeloup tranglé, la Gwadeloup pé ké détranglé (…) sé kann nou ka planté, sé a lizinn nou ka vann kann la, ou fèmé lizinn Sentmart, an vrè la gwadeloup tranglé, a lè kilé yo fèmé Blanchet, fèmé Darboussier, o la la gwadeloup kalé ? sé ouvriyé la ki té an lwizinn la, dèpi tan yo ka travay a lwizinn, a lè kilé tout lizinn la fèmé, ki koté yo kay travay ? (…) « la Gwadeloup antotyé, fè manèv pou koupé kod la an kou a li « Pa tini richess, sèl koté ki ni richess, sé kann a maléré » [4]

Robert Loyson

Lorsque Robert Loyson évoque la situation la filière canne en Guadeloupe, il évoque également la classe ouvrière qui constitue la main d’œuvre. Dans une autre chanson intitulée « Ji Kann a la richèss », Loyson appelé encore à veiller sur le récolte, la récolte qui produit de la richesse et des emplois :

« Gwadeloupéyen jété on kou doeil si la rékolt, si zo pa poté on kou doeil la Gwadeloup ké an fayit’ » [5]

Le nom complet du collectif révélant son objectif est le suivant : « Lyannaj Kont Pwofitasyon pou Détotyé la Gwadeloup » [6] Le LKP s’inspire en retour du discours de Loyson pour véhiculer son mot d’ordre et ses objectifs. Alors que Loyson clame que l’ile est "antotyé" [7], le LKP demande à ce qu’elle soit "détotyé". [8]

Le mouvement social a évoqué le thème de l’autosuffisance alimentaire ainsi que l’aménagement du territoire en accord avec un développement durable. En 1998, un collectif musical issu du mouvement reggae/dancehall, le Karukera Sound System évoque cette problématique dans leur chanson « Bato la ». Les deux chanteurs, Brother Jimmy et Oliver Stone s’insurgent contre les habitudes de consommation effrénées de leurs concitoyens et le mépris envers les métiers liés à l’agriculture. Il pose le problème de l’autosuffisance alimentaire face à une politique d’aménagement du territoire privilégiant la construction au détriment du maintien des terres agricoles :

« Mè di mwen ka yo ké fè jou la bato la pé rantré ? es sé moso batiman ou fwiyapen yo ké manjé ? mwen diw woy, woy i ja tan pou nou lévé An nou kontinié lité pou péyi la pa tombé (…) Arété pran nou pou tèbè, arété pran nou pou fwansé Arété fè nou kompran sé richès pou nou adoré Patrimoine kiltirèl, apa yenki wonm é dansé Travay tout la simen é le week-end gade télé Pandan si tan péyi la li menm ka sombré Mwen savé maren péché, agrikiltè byen déterminé » [9]

Le bateau qu’Oliver Stone évoque symbolise la dépendance de la Guadeloupe vis-à-vis des importations. Face à un aménagement du territoire et des choix sociétaux qui ne privilégient pas l’autosuffisance alimentaire, il interpelle quant à l’importance de l’agriculture et de la pêche locale. Il interpelle également les guadeloupéens et les institutions sur la spécificité culturelle locale. Dans un deuxième couplet aussi perspicace, Brother Jimmy expose les habitudes de consommations et des mécanismes, selon lui, néfaste au développement de la Guadeloupe. On comprend que ces mécanismes sont l’assistanat qui engendre le manque d’initiative, la dévalorisation des métiers de la terre, une « surconsommation » et la mise en vente systématique des terres agricoles.

« alè la pani pon moun ki vlé planté kann ni travay la tè pou manjé madè ou ziyanm la gwadeloup désidé woulé yenki an japan sé Mitsubishi, Hyundai, Daewoo ka vann »

« yo vlé pa travay la tè menm si pa ni travay tout moun vlé vinn medsen avoka sé la pagay nou ni on bèl péyi, ékonomikman i si la pay si ou gade situasyon la anyen pa kay avè on system konsa, pa étonéw kè ini onlo rakay twop moun assisté yo ka pwan nou pou timanmay avan nou té ka pwodui, exporté en chay alè la nou pa ni ayen, nou ka achté yenki Hyundai ka konsomé twop, sé nou lé rwa du champagn ka konsomé tèlman, nou pa ka vwè lé fay yo ka pran tout tè an nou, pou mwen a pa on détay » [10]

Brother Jimmy

Oliver Stone

En 2005, le groupe Soft produit une chanson annonciatrice du mouvement social « Kadans a péyi la ». Le style musical subit des influences traditionnelles et jazz. La voix du groupe Fred Dehayes chante :

« Yo pa vlé Sentélwa [11] , yo pa vlé Marcel Lollia [12] , en vérité yo pa enmé lokans a péyi la La soufriè pa ka domi, kon vou kon mwen i ka bouyi, nimpot ki jou fo sa pété Sé li ka chayé mwen, sé li ka brilé mwen, sé li kay méné nou pli wo (…) Nimpot ki jou fo sa pété, soufwans a péyi la (…) » [13]

« Kadans a péyi la », cette expression désigne le rythme, les habitudes, le patrimoine de la Guadeloupe. Ceux qui vivent sur le territoire de la Guadeloupe et qui le rejettent alimentent une dualité, une souffrance qui conduit à l’implosion puis à l’explosion. Etre guadeloupéen d’adoption ou d’origine implique de s’adapter au patrimoine culturel, écologique, social et historique du pays. Le mouvement social est le résultat d’un « mal-vivre » et comme le volcan de la Guadeloupe en 1976, la Soufrière, cette souffrance a explosé. Sur le même album, dans la chanson « Krim kont la gwadloup », Fred Dehayes réclame le procès de ceux qu’il estime être responsables de crimes contre la Guadeloupe. Le thème de cette chanson n’est pas directement lié à la plateforme du collectif mais il reflète bien le débat qui s’est installé durant la mobilisation à savoir quels sont les responsables de l’exploitation outrancière en Guadeloupe. Certaines entreprises ont été ciblées, les élus locaux, une communauté ethnique l’a également été ainsi que la politique gouvernementale. Ce qui est intéressant à plus d’un titre, c’est que dans l’approche du groupe Soft, les responsables du malaise guadeloupéen sont d’abord les composantes intérieures de la population.

« Mwen menm pa méyè ki on dòt, fò zò ban mwen avi a zòt lè an ka gadé sa ka pasé, ni dé moun fò nou poursuiv pou krim kont la Gwadloup » [14]

L’efficacité et l’intégrité des responsables politiques locaux sont pointées du doigt. Le mandat politique, au lieu d’être abordé comme un moyen, une mission, est vécu comme une fin en soi et retarde le progrès de l’ile :

« on pakèt moun kenn mò pou mè, menm si kè a yo vinn anmè, monté alyans é vann dé frè pou ganié trofé a rété lontan, pasé dé méri an éritaj é pou lé zot yenki chomaj, on vié ti lajan an ka gannié, an ka gadé lé zòt ka bombansé (…) » [15]

« Politik touné an makakri, intélektièl asi niaj, yo ka domi Ni on pakèt moun ka amizé, zafè a yo bèl lè nou mélé Istwa an nou pa ka vansé (…) [16]

Soft

La musique permet dans ce cas de récuser l’autorité des pouvoirs institués. Les intellectuels et les hommes politiques sont exposés comme étant déconnectés de la réalité populaire locale à cause de leur niveau de vie ou simplement à cause de leur fonctions. Ceux qui portent en eux une grande capacité de réflexion et d’action ne sont pas à la hauteur de leur mission. Une partie de la jeunesse guadeloupéenne est également mise au banc des accusés. Cette jeunesse étourdie et imprévoyante qui s’apitoie sur son sort sans se donner les moyens d’atteindre des objectifs sérieux :

« Jénès ka di pa ni ayen pou yo men ka yo menm ka fè ba yo sé fè ti nat é kritiké pandan yo ka gadé télé (…) » [17« On jenn tiré asi on jenn, on nèg tiré asi on nèg Sa ki pi kriminèl adan tou sa, nou sizé la nou kenn gadé sa » [18]

Il est vrai que cette jeunesse est une branche de l’arbre donc elle reflète les racines d’une société qui n’a surement pas su ou pu lui transmettre une sève édifiante. De ce fait la société guadeloupéenne est termitée. Le seul thème qui se retrouve indirectement dans la plateforme mais qui apparaît dans la chanson, c’est celui de l’inégale répartition des richesses en défaveur des classes sociales les moins aisées et de la population noire. Les partenaires économiques sont particulièrement concernées :

« An ka mandé’w ka ki libèté lé ou pa ni lajan pou manjé Mwen anvi vrè égalité lè pitit a maléré toujou maléré Mwen anvi vrè fraternité, an ka vrè a pa aka nèg lajan mété (…) » [19]

Pour terminer, dans un propos loin de la victimisation, le groupe Soft renvoie chaque composante de la société guadeloupéenne, y compris les concitoyens qu’ils sont, à ses responsabilités quant au retard et à l’état du pays. La chanson se termine par une rythmique de tambour très appuyée alors que tout au long les mélodies et les rythmiques avaient été particulièrement souples :

« Mwen menm pa méyè ki on dot, si zo vé zo pé gadé avi a zot lè an ka gadé sa ka pasé, sé nou menm fo nou poursuiv pou krim kont la Gwadloup » [20]

En 2001 sur l’album « L’indiscipliné », c’est l’une des voix Rap de la Guadeloupe qui crie les conditions de vie et la souffrance de tout un pays. A travers le titre « An ni marre », en sa qualité d’observateur de la société, il érige une description sans complaisance mais édifiante. Il décrit une société guadeloupéenne pleine de contradictions. Les thématiques suivantes de la plateforme Lyannaj Kont Pwofitasyon se retrouvent tout au long de son analyse : niveau et conditions de vie, formation professionnelle et emploi. La loupe verbale qu’il pose sur la jeunesse guadeloupéenne en manque d’occupations et de repères nous semble pertinente :

“Lanné la sa ann gadé jan sa ka maché, sé vann lanmò an saché Tout an jénès gaché /koupé, détayé, anpoché /Diab-la ka ba’w an rikoché Dé biznès ka rapòté é la police ka kapoté/ kravaté ka profité Blok-la ka ankésé/ Fè bizness anba fèy vin an sèl moyen de rézisté (…) Jénès-la menasé scié canon scié Pa ni travay tout moun èksité pou an banalité Sizé a bò sité ka atann le Déluge Sé boug-la la san anbisyon ka chèché an grabuj Nou adan on stad ke pou viv fow pran’y malad Pa rakonté on salad an Gwadeloup fow pran’y malad

Papa’w ja fatigé manman’w ja fè dèyè édikasyon aw dead

An ni "marre" Violans é fizi/ Ja lè pou tou sa fini An ni "marre"/Magouilles corruption/ Tout moun égri sa ké mal fini ” [21]

Fuckly

La jeunesse désœuvrée que Fuckly évoque est particulièrement concernée par les revendications liées à la formation professionnelle. De plus, son analyse prévoyait les explosions de violence qui ont eu lieu durant le conflit. L’oisiveté, le désespoir, l’absence de repère moraux et la violence ambiante se sont cristallisés dans la nuit du 18 au 19 février. Il exprime également dans le refrain le sentiment d’une jeunesse qui se sent dépassée, négligée et qui a l’impression de ne pas être aussi privilégiés que d’autres composantes de la société. Cette société à deux vitesses, malheureusement offre très peu de remèdes par le biais de ses représentants institutionnels :

« On minimòn dintégrasyon, on maximòm dekspulsyon, on maksimòm de problèm On minimum de solisyon, on maksimòm ki pé pa asimé an tan kè papa O pli tass ka pran kal pou alòk familial, o pi patron volè, magouyè, èksploitè O pi baré lari sendika, o pi grévist , o pi promès bidon chak fwa i ni élèsksyon O pi fouré men aw adan kès a La Région (…) Ni an bann irèsponsab sé yo ki rèsponsab /A fòs mété an ba tab lajen kontribuab Rézilta tout moun diab/ pandan ou ka soufè an silans bak a sé mésyé plen ésans Sé on sèl sians pou pé kouyoné maléré é tout moun sav lè bayè ba, bèf ka soté » [22]

Le rappeur souligne la relation compliquée que la population entretient avec ses élus politiques. Il met également en exergue plusieurs thèmes difficiles tels que l’immigration clandestine, la crise de la famille guadeloupéenne, les détournements de fonds publics, l’efficacité de l’action syndicale, les relations acrimonieuses entre une Guadeloupe aisée et une Guadeloupe nécessiteuse. Toutes ces thématiques sont des symptômes qui ont conduit à un mouvement social désirant avoir plus de contrôle sur les orientations économiques, sociales et culturelles de la société.

II/ Fonction socioculturelle

« Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique » Platon, Extrait de La République

La musique est langage, un ensemble de symboles écrits ou parlés qui permettent aux membres d’une société de communiquer entre eux. (Macionnis, Plumer, 2002 :101). La musique définit des valeurs morales justifiant la critique. C’est aussi un moyen par lequel les générations précédentes transmettent la culture, l’histoire aux autres. Elle tient un rôle important dans la formation de l’identité collective, de la mémoire et de l’action collective. Elle a joué un rôle important dans les mouvements sociaux et singulièrement les mouvements africains-américains. A travers le temps, comme le souligne Paul Léo D’Hurville [23], des messages mis en musique par des artistes guadeloupéens ont certainement semé les germes de cette mobilisation de masse sans précédent . La population bien malgré elle y était préparée. La musique est apte à frayer la voie, elle est capable d’exercer ce que le sociologue Robert Merton appelé « la prédiction créatrice ». [24] Elle contribue aux entreprises contestataires.

« An konnèt wòl a pawòl pou fè on pèp lévé tèt » Exxos [25]

Comment expliquer alors que les politiques de radiodiffusion ne reflètent pas davantage cet aspect de la musique guadeloupéenne et privilégient les ambiances festives ainsi que les musiques américaines à la mode ? Il est vrai que les préoccupations sociopolitiques et protestataires ne sont pas toujours exprimées dans la musique car elle possède également une fonction récréative. Mais il existe un certains déséquilibre entre musique clairvoyante et musique distrayante. Après le début de la mobilisation, certaines radios ont commencé à programmer des chansons à caractère sociopolitique devant la popularité du genre. D’ou vient le déséquilibre ? Vient-il des auditeurs qui n’expriment pas leurs attentes aux radios ? Vient-il des programmateurs qui forment les gouts de la masse ? Vient-il des artistes qui doivent allier autonomie artistique et dépendance financière ?

« Sé èvè mizik yo pran nèg » [26] la musique que l’on a attrapé les nègres »

La musique participe pleinement à la construction de la pensée et de la société guadeloupéenne. Elle n’est pas simplement un miroir, à bien regarder, elle peut être une fenêtre ouverte sur l’avenir. La réflexion des artistes n’est pas toujours reconnue par le monde intellectuel toutefois ces derniers possèdent un jugement approprié. Il serait utile que ceux qui possèdent les outils politiques, économiques et sociaux soient à leur écoute. L’artiste est immergé dans la société, sa sensibilité le pousse à exprimer ce qu’il voit, ce qu’il entend et ce qu’il perçoit. Si la fonction du sociologue est d’analyser les dysfonctionnements de la société, l’artiste guadeloupéen s’est érigé en sociologue pertinent privilégiant l’analyse de terrain et l’immersion.

BIBLIOGRAPHIE :

La musique en colère, Christophe Traini, Paris : Science Po, Les presses, 2008. Music and social movements : Mobilizing traditions in the twentieth century, Ron Eyerman et Andrew Jamison, Cambridge University Press, 1998. Conflit sociaux en Guadeloupe, Patricia Braflan-Trobo, Paris : L’Harmattan, 2007. Popular music and society, Brian Longhurst, Cambridge : Polity Press, 1995. Sociology : A global introduction, Macionnis John et Plummer Ken, 2002. Sa moun ka di, Sonia Catalan, Ibis Rouge, 1997.

Sept Magazine N°1542. « Mizik Gwadeloup : 50 ans de conditionnement à la lutte » Marie-Céline Lafontaine, « Terminologie musicale en Guadeloupe : ce que le créole nous dit de la musique », Langage et société, N° 32, juin 1985. Le Monde, « Guadeloupe : la situation a peu évoluée depuis la decolonization », 13 février 2009.

DISCOGRAPHIE :

Karukéra Sound System, L’Album, Don’s Music, 1998. Fuckly, L’indiscipliné , Riko Records, 2001. Star Jee et Exxos, Wòch goumé a vié nèg, Fwi Sons Records, 2002. Soft, Kadans a péyi la, Créon Music, 2006. Robert Loyson, Nostalgie Caraïbes, Disques Celini, 2007.


[1http://www.lkp-gwa.org/revendicatio...

[2] Journal, édition de 13h présenté par Eddy Planté, Radio Caraïbe Internationale (RCI)

[3] Sept Magazine N° 1542, « Mizik Gwadeloup : 50 ans de conditionnement à la lutte » de Paul Léo d’Hurville. Traduction : « Ce sont eux qui mènent la barre et les pauvres travaillent sans pouvoir assurer leurs lendemains »

[4] Traduction : « La Guadeloupe s’étouffe ! Messieurs la Guadeloupe s’étouffe, elle ne s’en sortira pas (…) Nous vivons de la canne, nous la vendons à l’usine, vous avez fermé l’usine de Sainte-Marthe, j’ai vu la Guadeloupe s’étouffer, maintenant ils ferment l’usine de Blanchet, celle de Darboussier, ou va la Guadeloupe ? » « Les ouvriers qui étaient employés à l’usine, ils y ont travaillé pendant de nombreuses années. Aujourd’hui l’usine ferme, ou iront-ils travailler ? » « La Guadeloupe est à l’asphyxie, enlevez vite la corde à son cou »

[5] Traduction : « Guadeloupéens surveillez la récolte, si vous ne le faites pas, la Guadeloupe sera en faillite ».

[6] Traduction : « Alliance contre l’exploitation outrancière pour libérer la Guadeloupe. »

[7] asphyxiée

[8] libérée

[9] Traduction : « Que feront-ils le jour ou le bateau n’accostera pas en Guadeloupe ?/ Que mangeront-ils, un morceau de bâtiment et un morceau de fruit-à-pain ?/ Explique moi, il est de se lever/ Luttons pour que le pays ne sombre pas davantage/ Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles, arrêtez de nous prendre pour des français/ Arrêtez de nous faire croire que nous devons adorer l’argent/ Le patrimoine culturel ne se résume pas à boire du rhum et danser/ Travailler la semaine et regarder la télé le week-end/ Tandis que le pays agonise/ Je sais que les marins pécheurs et les agriculteurs sont déterminés » L’Album (1998) Don’s Music.

[10] Traduction : « De nos jours personne ne veut planter la canne à sucre/ ils ne veulent plus travailler la terre pour manger des madères ou des ignames/ les guadeloupéens ne roulent qu’avec des voitures japonaises/ Les voitures Mitsubishi, Hyundai et Daewoo ont beaucoup de succès (…) ils ne veulent pas travailler la terre alors que le chômage augmente/ Tut le monde veut devenir médecin ou avocat, c’est le désordre !/ Nous avons un beau pays mais très pauvre sur le plan économique/ Si tu analyses la situation, rien ne va/ Dans un tel système, ce n’est pas étonnant de voir pousser la mauvaise graine/Trop de gens sont assistés, ils nous prennent pour des enfants/ Avant nous produisions et nous exportions beaucoup/ Aujourd’hui nous n’avons rien et nous achetons que des véhicules Hyundai/ Nous consommons trop , nous sommes les rois du champagne/ Nous consommons tellement que nous voyons pas la faille/Ils nous prennent nos terres et pour moi ce n’est pas un détail ».

[11] Patrick Saint-Eloi, chanteur du groupe Kassav

[12] Chanteur populaire de Gwo-Ka

[13] Traduction : « Ils ne veulent pas de Saint-Eloi, ils ne veulent pas de Marcel Lollia/En réalité, ils n’aiment pas l’éloquence du pays/ La soufrière ne dort pas, comme toi et moi elle bouillonne/ un jour ca va exploser/ C’est elle qui me transporte, c’est elle qui me touche, c’est elle qui emmènera plus loin (…) un jour il faut que ca explose, la souffrance du pays (…) »

[14] Traduction : « je suis mieux qu’un autre, J’ai besoin d’avoir votre avis/lorsque j’analyse ce qui se passe, il y des gens que nous devons mettre en examen pour crime contre la Guadeloupe »

[15] Traduction : « Beaucoup de gens veulent devenir maire à tout prix même si leur cœurs est devenu amer/ ils montent des alliances pour vendre des frères et gagné des trophées de longévité. Ils se lèguent des mairies et pour les autres, il ne reste que du chômage. Je ne gagne pas beaucoup, je regarde les autres vivre largement »

[16] Traduction : « La politique est devenue brouillonne, les intellectuels sont sur un nuage, ils dorment, beaucoup de gens s’amusent, ils prospèrent alors que nous souffrons, notre histoire n’avance pas (…) »

[17] Traduction : « La jeunesse se plaint de ne rien avoir mais que fait-elle pour améliorer leur sort ? Ils se font de petites nattes et critiquent la société en regardant la télévision (…) »

[18] Traduction : « un jeune a tiré sur un autre jeune, un nègre a tiré sur un autre nègre/ Ce qui est plus criminel c’est que nous restons là à regarder ce qui se passe »

[19] Traduction : « Dis moi, qu’est-ce que la liberté lorsque tu n’as pas d’argent pour te nourrir/ j’ai envie de voir l’égalité mais les enfants des familles pauvres sont toujours dans le besoin/J’aimerai voir la fraternité mais je vois que les nègres n’ont jamais d’argent »

[20] Traduction : « je suis mieux qu’un autre, J’ai besoin d’avoir votre avis/lorsque j’analyse ce qui se passe, nous sommes ceux qu’il faut mettre en examen pour crime contre la Guadeloupe

[21] Traduction : « Cette année regardes comment ça marche/On vend la mort en sachet c’est toute une jeunesse qui est gâchée/Coupé, détaillé, empoché le diable te fait un croche-pied/Des affaires illégales rapportent et la police capote/Les hommes en cravates en profitent, le bloc (la cité), lui il encaisse/Faire des affaires illégales est devenu le seul moyen de résister (…) La jeunesse est menacée scié canon scié/Il n’y a pas de travail tout le monde s’excite pour une banalité/Assis dans une cité ils attendent le Déluge. Les gars restent là sans ambitions, ils cherchent des histoires/ Nous sommes à un stade où pour vivre il faut être dingue/Arrêtes de raconter des bêtises en Guadeloupe il faut être dingue !/ Ton père est déjà fatigué, ta mère a pris du recul, ton éducation est morte (…)J’en ai marre, violence et fusil, il est temps que cela cesse/j’en ai marre des magouilles et de la corruption/tout le monde est sur les nerfs, ca va mal finir »

[22] Traduction : « Un minimum d’intégration, un maximum d’expulsion, un maximum de problèmes, un minimum de solution, un maximum d’hommes qui ne peuvent pas assumer leur paternité/ Trop de pétasses qui couchent pour avoir des allocations familiales/ Trop de patrons voleurs, magouilleurs, exploiteurs/ Trop de syndicats, trop de grévistes, trop de promesses bidon à chaque élection/ Trop de détournements au Conseil Régional (…) Ce sont tous des irresponsables, ce sont eux les responsables/ A force de détourner les fonds publics, résultat tout le monde est détraqué/ Pendant que nous agonisons, leur bac à essence est plein/ Ils inventent toutes sortes de stratégies pour tromper les pauvres et tout le monde le sait quand le chat n’est pas là, les souris dansent »

[23] Sept Magazine N°1542. « Mizik Gwadeloup : 50 ans de conditionnement à la lutte »

[24] Cité dans Musique en colère, Christophe Traini, 2008.

[25] Rappeur et compositeur appartenant au groupe de rap guadeloupéen Karukéra Krew, Extrait du titre « Lumumba », Album : Wòch goumé a vié nèg, Fwi Sons Records (2002). Traduction : « Je connais le rôle des paroles lorsqu’il s’agit de redonner de la dignité à un peuple »

[26] Sonia Catalan, Sa moun ka di, Ibis Rouge , 1997 :26. Traduction : « C’est avec

 

 

 

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