Côte d'Ivoire: pour y voir plus clair

Côte d'Ivoire: pour y voir plus clair

La crise de la Côte d’Ivoire cristallise sur ce pays des luttes d’influence géopolitique qui la dépassent.

La plupart des ivoiriens veulent le changement dans la stabilité. Voilà pourquoi l’équipe Gbagbo arrive à se maintenir au pouvoir sans que la population ne se montre hostile à son égard. Même les commerçants français d’Abidjan le plébiscitent. C’est dire ! On aurait pu supposer que les partisans de Ouatarra se  seraient montrés plus combatifs pour obtenir le départ de Laurent Gbagbo, mais il n’en a rien été car dans la région d’Abidjan, ses militants partisans sont minoritaires.

Qui sont les protagonistes politiques en présence ?

Ouatarra est un ancien sous-directeur du FMI, en plus d’avoir une formation de gestionnaire rigoureux, il a un carnet d’adresses à l’international forcément très fourni. Normal qu’il soit devenu l’élu de ceux qui y figurent. Avec lui, la Côte d’Ivoire redistribuera les cartes de ceux avec qui elle veut faire du business et surtout sera résolument dans le camp occidental. D’autant qu’avec les groupes rebelles et terroristes qui font parler d’eux au Sahel, la Côte d’Ivoire doit rester une solide tête de pont pour l’occident. C’est le choix qu’ont fait de concert, Nicolas Sarkozy et Barak Obama.

Laurent Gbagbo se fout du monde et de ce petit monde en particulier. Il est au pouvoir depuis dix ans et c’est vrai que les élections ont probablement été truquées en sa faveur. La scène de la proclamation des résultats en est une preuve intangible. Le président de la commission électorale s’apprête à proclamer les chiffres et un des partisans de Gbagbo lui arrache un par un les feuillets des résultats région par région, qu’il compte lire devant les caméras. Edifiant !

Gbagbo s’appuie sur le centre décisionnaire et économique puissant que représentent Abidjan et sa région. Il s’appuie aussi sur les forces économiques qui ont prospéré grâce à lui qu’elles soient ivoiriennes ou étrangères.

Ce duel, car c’en est un, passionne modérément. Chacun a compris que rien d’essentiel ne se joue là-bas, rien d’idéologique, rien d’autre qu’une rivalité dont chaque partie a ses soutiens et ses détracteurs.

Le peuple ivoirien reste discret alors qu’il est au centre de la bataille puisqu’il a voté.

Gbagbo et Ouatarra ont volé cette élection à leur peuple. Leurs arguments apparaissent légitimes tout en s’opposant. La légitimité d’Ouatarra ne fait aucun doute, il a sans doute gagné en voix. Gbagbo a le soutien du conseil constitutionnel, il est dans une position légaliste.

Le peuple reste sourd aux tentatives de manipulation. Il refuse d’être l’arbitre qui tranchera une bonne fois pour toute. Après tout, il a voté et il sait que l’état doit s’incarner à travers un chef. Le peuple sait aussi qu’un chef fort est celui qui prend le pouvoir, pas celui qui le reçoit des mains des étrangers…

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