Côte d’Ivoire : Je n'y arrive plus...

vestige de la guerre civile au congo brazzaville.jpg Côte d’Ivoire : Je n'y arrive plus...

Feindre l'indifférence, simuler la patience, supporter ce silence ? Que faire ? Attendre, se taire, stresser tranquillement et confortablement. Je n'y arrive plus, je dois parler, crier ma révolte.

Brazzaville juin 1997, la guerre éclate, d'Abidjan impuissante j'ai assisté à la destruction de la ville ou mes parents vivaient. Une Guerre, une Vraie, avec des chars, des morts, des milices, des réfugiés, des femmes violées, des trous d'obus dans les murs, des rues défoncées. Une Guerre qui a chassé des milliers de congolais hors de chez eux.

Abidjan refuge de l'Afrique, Terre d'Asile. Je n'y arrive plus... Quand en 1999 je vais en vacances au Congo Brazzaville voir mes parents, c'était des visions apocalyptiques, une impression de fin du monde. Des barrages militaires, une ville détruite, des personnages hagards, des femmes démunies. Une Guerre une vraie alors qu'à Abidjan nous vivions, dansions, mangions et riions.

Savent-ils ce qu'est une guerre en pleine Capitale ? Je garde en mémoire un voyage à Monrovia en 1997, visions d'horreur ou des familles entières se tassaient sous une tôle soutenu par 4 bouts de bois. Certainement des gens bien, comme vous et moi que la guerre a poussé dans les rues.

Des citoyens ordinaires, à la merci des ambitions de politiciens sanguinaires ! Savent-ils ce qu'est une guerre civile ? Des hommes et des femmes à la merci de hordes sans scrupules. Je n'y arrive plus...

Quand je vois et entend tous les jours les témoignages émanant des oubliées de l'Est de la RDC, Walikale, Bukavu, des noms exotiques quand on vit à Abidjan.

Mais ici les victimes ont des noms, elles sont mères, sœurs ou filles. Ils sont pères, frères et fils. Des innocentes victimes collatérales de lutte pour le pouvoir. Je n'y arrive plus...

Il m'est impossible de fermer les yeux sans penser aux refugies Ivoiriens qui fuient au Liberia. Ah Nana Boigny Ba Oule "L'enfant est mort" une fois de plus. Incroyable mais vrai ! L'exode a changé de camp.

Je ne peux plus me taire, ma peine et ma douleur sont immense, car la Guerre je la connais, elle est sournoise et imprévisible.

Je te connais Sorcière qui pousse des frères à s'entretuer et à se déchirer. Je ne peux plus me taire et regarder France 24, écouter RFI ! L'attente est pesante.

Je pense à vous qui essayez de continuer à vivre sans trop y penser, l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de vos tête. Chaque jour de plus vient avec son lot de tensions, de réactions, de déclarations. Mais qui pense au quotidien des Abidjanais soumis à une guerre psychologique sans précédent. Je n'y arrive plus...

Depuis ce coup d'Etat de Décembre 1999 la Cote d'Ivoire a changé de camp. Le pays de la Paix a emboîté le pas aux pays sans foi, ni loi aux prises avec des rebellions. Le pseudo Nationalisme Africain a un prix, demandez aux Guinéens, si entre 1958 et 2010 leur pays est devenu un paradis.

A ceux qui du confort de leur vie Parisienne soutiennent la lutte contre la "Françafrique", avez-vous des parents en Côte d'Ivoire ? Connaissez-vous la guerre civile ? Demandez aux Rwandais qui ont perdu pères, mères, enfants, frères, sœurs, parce qu'ils avaient le mauvais faciès.

Je n'ai pas entendu les voix africaines s'élever ! Vos manifestations au lieu d'apaiser attisent le feu et entretiennent la déchirure. Je n'y arrive plus... Je dois parler, car les guerres fratricides laissent des cicatrices indélébiles dans l'unité d'une Nation. Cherchez-vous une autre cause ! Il y a déjà eu 6.000.000 de morts en RDC et personne ne crie au scandale ?

Calixte, Thierno, et les autres que j'admire tant, ou étiez-vous quand mourraient les Congolais ? Je n'y arrive plus...

Chaque jour je lis avec plus de vague à l'âme les billets de Venance KONAN qui me semble bien seul à comprendre les vrais enjeux de la situation. Le pays est au bord du gouffre. Je ne me perdrais pas en conjectures ni en analyses diverses ; d'autres l'ont fait et le font mieux que moi.

Simone, Maimouna, Yamousso, Diami, Leyla, Kady, Flore, Eliane, Melly, Bea, Nathalie Dodo, Aissatou, Donna, Ngoto, Rachel, Tina... Mes sœurs, mes amies, qui chaque jour avez à subir l'inconnu. Si je n'y arrive plus c'est parce que je pense à vous coincées au milieu de cette Histoire sans fin.

Mais je sais que même si moi je n'y arrive plus, Dieu, Allah l'Omniscient, l'Omnipotent finira par y arriver.

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