Joseph Ignace, l'abolitionniste Guadeloupéen !

Joseph Ignace est un descendant de déportés africains qui a vécu au 19e siècle. Il est né captif en Guadeloupe. Il a œuvré en tant que charpentier sur une plantation mais un jour il a réussi à s'enfuir et à rejoindre un village clandestin de marrons irréductibles.

Joseph s'est avéré un homme très rusé avec des compétences certaines pour les stratègies de guerre en forêt. Les nombreux combats remportés sur les assaillants français qui tentaient régulièrement de prendre d'assaut le village lui valurent de diriger différentes missions pour libérer d'autres captifs. Joseph fut parmi les plus redoutables marrons de l'île à s'opposer à l'esclavage.

En 1794, l'abolition de l'esclavage est proclamé mais 8 ans après Napoléon décide de le rétablir. Sans hésiter, Joseph s'allie à Louis Delgres, le chef des révoltés, pour se dresser contre l'armée française. Tous deux mènent des combats victorieux tout au long du mois de mai 1802. Malheureusement, la durée des affrontements aura raison de Joseph et des autres rebelles qui ne sont pas ravitaillés en munitions et en nourriture.

Joseph est assiégé avec près de 1000 compagnons au fort de Baimbridge. VIVRE LIBRE OU MOURIR ! Il décide de s'ôter la vie plutôt qu'une balle française ne le fasse. Lors de l'assaut final, ses troupes sont massacrées. Les survivants sont exécutés sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre. D'ailleurs cette place devrait être rebaptisée place de la RÉSISTANCE car le nom "victoire" concerne celle des colons français qui ont versé le sang de milliers de victimes pour décimer les arawaks et dominer les africains.

La Guadeloupe est le seul endroit où une abolition entre en vigueur pour finalement être annulée. Quel traumatisme que celui d'être proclamé libre, de quitter les chaînes, les mutilations, les viols, la séparation des familles, et d'y être de nouveau traîné par la force quelques années plus tard !

Un mémorial sculpté par le guadeloupéen Jacky Poulier, a été érigé à la mémoire d'Ignace et de ses compagnons d'arme : Louis Delgrès et Solitude. Leurs statues se succèdent sur le boulevard des Héros, dans la commune des Abymes.

Delgres, Ignace et Solitude sont les révoltés les plus célèbres car ils ont pris des décisions déterminantes et dirigé les combats, mais des milliers d'autres guadeloupéens méritent le titre de héros abolitionnistes. Parmi les sacrifiés anonymes résonnent les noms de Marie-Rose Toto, Massoteau, Noël Corbet, Edouard, Hyppolite, Codou, Monnereau, Palerme, Jacquet, Nicolo, Mondésir Grippon, Jean Charles, Lubin Caron, Dauphin, Fafa, Doria, Sans Peur, Coupry, Gédéon, Icéris dit Grand Bâton, Kirwan, Mylord, René Gayan et Siméon. Ils ont tous donné leurs vies pour la liberté de leur descendance.

Ce sont ces noms que je me suis attendue à lire dans la salle des abolitionnistes du Memorial Acte mais à la place j'ai trouvé les portraits gigantesques de l'Abbé Grégoire et d'autres occidentaux fortunés qui ont versé de l'encre et non du sang. Les personnages que les manuels scolaires et les média de masse nous présentent comme libérateurs ne sont que des collaborateurs. Ils ont relayé des informations et fait campagne. C'est tout à leur honneur, même si leurs raisons étaient bien plus opaques que le simple humanisme, cependant les véritables abolitionnistes sont nos ancêtres africains et descendants d'africains qui ont lutté sur le terrain pour récupérer leur humanité.

Ce sont leurs noms que nous devons donner à nos rues et nos écoles. Ce sont leurs portraits qui doivent trôner dans les musées et les lieux commémoratifs. Enfin ce sont eux que nous devons célébrer lors de la commémoration de l'abolition de l'esclavage.

Safia EnjoyLife

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